Inspiration de la semaine – F.S. Fitzgerald en Norfolk

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Francis-Scott-Fitzgerald_1925_

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Prise en 1925 à Hollywood, cette photographie de Francis Scott Fitzgerald -l’auteur de Gatsby le magnifique, publié la même année- le représente portant un ensemble en tweed, dont une veste Norfolk, reconnaissable grâce à la ceinture embrassant sa taille, son cran sport et ses "bretelles" intégrées. La chemise blanche -un choix curieux avec ce complet, sauf si celle-ci est en oxford et à col boutonné- est agrémentée d’une cravate club. Une tenue agréable pour la campagne, à l’occasion d’une promenade par exemple, mais aussi lors d’un voyage. À vous de voir, "old sport" !

Passez une très bonne fin de semaine.

Des multiples incarnations de l’élégance

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L’idée de l’élégance défendue ici est celle d’une attitude intellectuelle qui révèle une profondeur d’esprit, un discernement affûté, le refus de se limiter aux apparences ainsi qu’une éthique humaine et humaniste. Le paradigme de l’élégance décline cette attitude en s’intéressant au vêtement classique. Ceci n’est qu’un parti pris. L’habit et les règles britanniques qui régissent son port ne sont pas forcément synonymes d’élégance. Ils n’en sont qu’un avatar. L’élégance étant ici définie comme étant intellectuelle, elle est par essence protéiforme et peut s’incarner dans de nombreux sujets, même les plus inattendus. C’est, mot pour mot, la ligne éditoriale de ce blog. Un bel idéal, me direz-vous, mais qui, sans illustration, reste un vœu pieux, puisque les sujets que j’ai choisi jusqu’à présent pour incarner l’élégance étaient issus de la culture occidentale classique, du vêtement en passant par la musique et à l’art de vivre en général. Ce billet sera donc l’occasion de donner un exemple d’élégance qui n’y soit pas relié. Le choix était forcément arbitraire parmi des sujets aussi divers et variés que certaines musiques de rue, de jeu vidéo ou encore de dessin animé japonais, possèdent les qualités prétendre être élégants. Ces sujets n’ont pas forcément pour but de vous plaire et ils ne reflètent pas forcément mes goûts. Pourtant, force est de reconnaître en eux une profondeur, une intelligence qui méritent d’être saluées.

J’évoquais les dessins animés japonais. J’avoue n’y connaître pas grand chose. L’image que j’en ai, très sûrement la même que la vôtre, est celle d’œuvres violentes et peu fouillées à destination d’enfants et de pré-adolescents, dévorées à l’heure du petit-déjeuner avant de prendre le chemin de l’école. Que cette impression soit fondée ou non, il existe, à côté de ces prêt-à-consommer, des longs métrages animés japonais qui sont de véritables chefs-d’œuvre. L’exemple le plus probant est sûrement celui des studios Ghibli. Leurs créations sont incroyablement travaillées, fouillées et profondes.

Créé en 1985 par MM. Takahata et Miyazaki, le studio offre au monde en moyenne une production tous les deux ans. Les réalisations oscillent entre candeur et insouciance enfantines, gravité et sérieux, mais sont toujours surréalistes. Certainement le plus emblématique des Ghibli, Mon voisin Totoro (1988) est des premiers à avoir été produit. C’est l’innocence pure, la rencontre entre l’Ode à la Joie et la Symphonie Pastorale. Une histoire simple, insouciante, celle d’une enfant venue habiter dans le Japon rural et qui se lie d’amitié avec un esprit, sorte de gros ours tendre et inoffensif appelé Totoro, sûrement issu de son imagination fertile. Le fantastique animal est d’ailleurs devenu la mascotte des studios. Le tombeau des lucioles (1988 également) est, lui, des seconds. D’une tristesse incroyable, ce long métrage conte l’histoire d’un garçon et de sa petite sœur, devenus soudainement orphelins lorsque l’aviation américaine bombarda leur village, en 1945, puis leurs vaines tentatives pour survivre.

Totoro

Mon voisin Totoro (1988)

Dans la majorité des cas, les Miyazaki (ainsi les nomme t-on souvent par métonymie, le Maître ayant supervisé personnellement nombre de ses films) sont incroyablement riches. Tout d’abord car enfants et adultes peuvent y entendre deux discours bien différents : simple divertissement pour les premiers, œuvre fortement engagée dans la préservation de la nature (le monde dévasté et irrespirable de Nausicaä de la vallée du vent (1984), les tanukis chassés de leur habitat naturel dans Pompoko (1994), l’intégrité de la forêt dans Princesse Mononoké (1997)…), ou la paix (la lassitude de Porco Rosso face aux conflits (1992), les gardiens de Laputa appelés à la rescousse contre les velléités guerrières dans Le château dans le ciel (1986), la mer à chérir comme si elle était notre progéniture dans Ponyo sur la falaise (2008)…) pour les seconds.

Nausicaa

Nausicaä de la vallée du vent (1984)

Ensuite, du fait de l’imagination débordante des scénaristes mêlée à la culture japonaise teintée d’animisme, l’on voit intervenir des créatures fantasmagoriques. Quelle merveille de voir les tanukis (Pompoko) voire des félins (Le Royaume des chats, 2002) prendre vie, le feu dans l’âtre s’animer (Le château ambulant, 2004), et le personnage principal côtoyer maints esprits, tel Chihiro (2001) dans les bains, ou les gardiens de la forêt, les sylvains, dans Princesse Mononoké.

Chihiro

Le voyage de Chihiro (2001)

Les univers intègrent parfois des éléments de rétro-futurisme -une esthétique couramment qualifiée de "steampunk"- avec de majestueux dirigeables, des machineries et des chemins de fer fumants et monumentaux (à l’instar du Château dans le ciel, du Château ambulant ou de Nausicaä). Cerise sur le gâteau, les composition musicales, toutes originales, sont orchestrées avec talent.

Chateau dans le ciel

Le château dans le ciel (1986)

Chaque nouveau film surprend par la constance de sa consistance et de l’imagination dont il a fallu faire preuve pour créer des mondes aussi complets et enchanteurs. Ils conjuguent avec brio divertissement et engagement, légèreté et profondeur. Les œuvres du studio Ghibli, bien qu’ayant confié sa distribution à l’étranger à Disney, s’affranchissent du moule hollywoodien. Malgré vingt long métrages (davantage si l’on compte l’avant-Ghibli), aucun n’est formaté, chacun est unique mais la cohérence entre les films est incroyable.

Une densité intellectuelle qui fait que, bien qu’éloignées de nos chers blazers en serge peignée, richelieus en veau-velours, whiskies single malt ou pipes de bruyère sablées, les œuvres de Miyazaki peuvent être sans conteste qualifiées d’élégantes. Et elles ne sont évidemment pas les seules à l’être parmi celles qui n’appartiennent pas de prime abord aux sujets habituellement abordés sur ce blog.

Inspiration de la semaine – Missa Solemnis, L.V. Beethoven

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L’idée d’écrire une messe grandiose, "non pas un cérémonial liturgique, mais un langage spirituel, hymne au Créateur excédant largement le discours religieux" , trotte dans l’esprit de Beethoven depuis 1814, note Bernard Fauconnier dans sa biographie du musicien. Il faudra attendre mars 1819 pour qu’il propose à l’archiduc Rodolphe de composer une telle messe pour son intronisation en tant qu’archevêque d’Olmütz, un an plus tard. C’est ce qui deviendra la Missa solemnis mais que le maître n’arrivera à terminer qu’à la fin de l’année 1822.

Ce sera une messe déiste, inscrite dans la philosophie des Lumières : Ludwig van Beethoven "veut mettre l’accent sur un idéal spirituel essentiellement humain : l’humanité parvenant elle-même à un haut degré de spiritualité trouve elle-même le chemin de son salut" . Une œuvre qui apparaît évidemment blasphématoire pour l’époque, d’autant plus qu’il essaie de faire donner sa messe hors des Églises.

La Missa solemnis est une "messe pour l’humanité plus que pour Dieu" , à la fois sacrée et profane. Beethoven se voit en Prométhée moderne. Arrogant et prétentieux jugeront certains, brillant et précurseur diront d’autres. A t-il réussi à atteindre son but ? Il sera en tout cas arrivé à amener la joie à l’Homme, quelques années plus tard, avec sa grandiose Neuvième Symphonie.

Excellente fin de semaine à vous.

Bienvenue à Disneyland

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Ah, quelle belle réussite que les marques ! Parties d’un objectif simple au début du XXème siècle, à savoir de donner au consommateur des repères, un label qui donne un gage de qualité, elles se sont profondément éloigné de leur but premier. Une mutation qui est à la fois cause et conséquence de la bêtise et du panurgisme actuels. Aujourd’hui, la marque n’est plus la sympathique appellation que nous avons vue. Elle est devenue tentaculaire, et désigne actuellement la perception que l’on a de l’entreprise, de ses services et de ses produits. Tout cela est intangible et n’a rien à voir avec le produit. C’est tout vu pour une bonne partie des entreprises actuelles : pourquoi continuer à améliorer les produits – puisque, de toute façon, les consommateurs n’y connaissent rien et n’y voient que du feu si la qualité n’est pas au rendez-vous – lorsque l’on peut actionner un levier de croissance bien plus efficace, à savoir de jouer sur la manière dont les clients perçoivent l’entreprise ?

Cette manière d’opérer est on ne peut plus superficielle, puisqu’elle joue sur les apparences et non sur le fond, à savoir la qualité du produit. Cette dernière peut être objectivement bonne, mais la qualité rapportée au prix est forcément affectée. Les surcoûts relatifs à une communication expansive doivent bien être répercutés quelque part…

Si tout n’est bien sûr jamais totalement blanc ou noir, certaines sociétés penchent sans vergogne du côté obscur en s’inventant un univers capable de passionner, de charmer voire d’hypnotiser. Prenez Paul, la boulangerie que l’on retrouve un peu partout dans le monde. Les touristes de passage à Paris n’y voient que du feu : pour eux, il s’agit d’une aimable boutique artisanale. Raté ! La devanture vert foncé sur laquelle se détache de belle lettres dorées, des marmitons affairés, affublés d’une toque et d’un uniforme blanc…tout est pensé afin de créer un sentiment d’authenticité. Au final, venir chez Paul, c’est payer son pain plus cher (ou bien au même prix, mais à une qualité moindre, voire – pire ! – plus cher et à une qualité moindre) pour bénéficier d’un décor en toc, et avoir l’impression de mettre le pied dans une "maison de qualité" .

Choisissons à présent un autre exemple qui vous parlera d’autant plus que le vêtement est un des grands sujets traités ici : il s’agit de Ralph Lauren. Nous quittons l’univers au final assez peu étendu des boulangeries Paul pour nous attaquer à la galaxie créée par Ralph Lifshitz, qui représente actuellement le paroxysme en terme d’image de marque. Ralph Lauren fait au vêtement ce qu’Instagram fait à la photographie. Il suffit de se rendre dans l’une de ses boutiques, comme le navire amiral France, situé sur le boulevard Saint Germain, à Paris, pour s’en rendre compte : il semblerait magnifique aux yeux du néophyte qui est persuadé que Ralph Lauren est une vénérable maison qui frise le bicentenaire. Celui qui connait l’histoire de cette société ne se laisse en revanche pas abuser. Il sait qu’absolument tout est factice, des portraits dans la cage d’escaliers (d’illustres inconnus que l’on a voulu faire passer pour des ancêtres, illustres eux aussi) en passant par les coupes sportives d’évènements fictifs (ou ayant eu lieu à une époque à laquelle Ralph Lifshitz n’était même pas né) ou le canapé Chesterfield volontairement râpé et défoncé voulant donner le sentiment que des dizaines de générations d’étudiants de la Ivy League s’y sont assis lors de leurs réunions club. Comme l’on dirait aujourd’hui, tout cela, "c’est pour faire genre" .

La démarche de l’entreprise Ralph Lauren est certes cohérente : décliner le rêve américain en différentes lignes, de Polo, celle de la bourgeoisie des années 1930 de la côté Est des Etats-Unis, à RRL, le vêtement de travail de l’ouvrier américain de la fin du XIXème siècle. Mais les fondations sur lesquelles repose cette cohérence sont profondément vermoulues, comme nous l’avons vu : absolument tout est artifice. Rendez-vous à la boutique du boulevard Saint Germain pour vous en rendre compte : chaque étage recèle une ligne, et chacune possède une mise en scène propre dont la composition ne laisse rien au hasard. L’on se croirait dans un parc à thèmes, une sorte de Disneyland du vêtement au décor de papier mâché ! Premier étage, la ligne Purple Label. Un environnement sobre et policé, comme si l’on se trouvait dans le vestiaire d’un manoir de la côte est où trônent les costumes de ville. Au second, c’est Polo, le tweed et la maille piquée ont chassé les tissus urbains : bienvenue au club d’aviron de Harvard ! Enfin, au troisième étage, c’est la zone RLL, où l’on se croirait revenu en plein XIXème siècle dans une cabane de frontaliers  au cœur de l’Ohio dans le but d’échanger de la fourrure de castor contre des outils. Un décor digne de Davy Crockett. Poussons l’analogie entre les parcs à thèmes et les magasins Ralph Lauren encore plus loin. Car après tout, les deux nous vendent des déguisements en panoplie. Alors, êtes-vous plutôt Peter Pan ou freshman à Yale ?

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Pourquoi condamner ces pauvres entreprises qui, après tout, tentent de gagner leur pain, me direz-vous, d’autant plus que les produits ne sont pas, dans l’absolu, forcément de mauvaise qualité malgré cette poudre aux yeux ? Car il y a, comme nous l’avons déjà vu, un décalage entre qualité et prix du fait de tout ce maquillage. Se pose en outre la question de la légitimité : qui sont ces entreprises pour se prendre pour ce qu’elles ne sont pas, et qui sont-elles pour usurper, imiter et contrefaire ? Vient également le problème de la fiction constante. De plus en plus d’entreprises de ce type émergent, et les esprits les plus faibles ne feront pas preuve d’assez de discernement pour différencier l’authenticité de l’illusion puis s’extraire de cette dernière. Enfin, l’affaire cardinale est le formatage des esprits et l’absence de réflexion. Les marques ne jouent plus le rôle de label de qualité (ou si peu) mais les consommateurs considèrent que c’est toujours le cas : ils ne prennent donc pas la peine d’être pointus sur ce qu’ils achètent en s’en remettant au prix ( "c’est cher donc c’est bien" !).

Tout ceci concourt, là encore, à hisser l’apparat et l’apparence au rang de valeurs. Quelle tristesse ! Les entreprises devraient comprendre que ne pas jouer sur les apparences n’est pas qu’une question éthique, c’est aussi un impératif économique. C’est un pari sur le long terme. Une réputation ne se construit pas ex nihilo en achetant un guéridon et deux fauteuils club profondément usés et en prétendant être une vénérable institution. Au contraire, elle s’édifie année après année en fournissant au client un service ou un produit irréprochables, sans artifice. Une rentabilité certes moins importante…mais quelle satisfaction ! celle d’à nouveau produire des biens et non des chimères.

Voilà qui soulève une problématique connexe à cette réflexion, et que j’aborderai lors d’un prochain billet : peut-on faire commerce de l’élégance ?

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