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Chers lecteurs, comme annoncé dans mon billet relatant la Boat Race 2012, je me suis rendu à la Henley Royal Regatta et ai pu assister aux demi-finales. Voici donc l’histoire de ce magnifique évènement sportif agrémentée de quelques photographies et de mes observations. Je ne mentionnerai ni ne commenterai toutefois pas les résultats, car commenter la centaine de courses s’y étant tenues serait une tâche Herculéenne, d’un ennui mortel à lire, et n’aurait pas sa place sur ce blog.

Parler de la Régate serait impossible sans mentionner le bourg qui l’accueille. Henley-on-Thames se situe sur la Tamise, en amont de Londres et en aval d’Oxford, à quelques encablures de Marlow et Reading. C’est une petite ville extrêmement charmante qui vaut le coup d’être visitée plus en profondeur une fois le tumulte de la Régate passé.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

La course se dispute sur la Tamise à contre-courant. Au fil des années, elle a toujours pris son départ vers Temple Island et pris fin soit à la Steward Enclosure, soit vers pont d’Henley.

© Le Paradigme de l’Elegance – Temple Island ; le bâtiment fut érigé par James Wyatt en 1771.

La première édition de la Régate se tint en 1839, et eu lieu tous les ans sauf durant les deux Grandes Guerres. A l’origine une attraction créée par la ville d’Henley afin de divertir les passants l’espace d’un après-midi, l’évènement fut si populaire qu’en 1840 -l’année suivant sa création, donc- il prit d’ores et déjà beaucoup d’ampleur, en se muant en une véritable compétition et en durant deux jours entiers. En 1851, le Prince Albert (l’époux de la Reine Victoria) parraina la Régate ce qui permit de qualifier la Régate de Royale. Depuis lors, tous les monarques ont parrainé la course. Cette dernière, d’ailleurs, fit encore l’objet de plusieurs extensions de durée afin de pouvoir faire concourir des équipes toujours plus nombreuses à vouloir participer. Elle dura ainsi trois jours dès 1886, quatre dès 1906, et cinq dès 1986, la durée qui prévaut encore actuellement. L’immense majorité des Régates se sont tenues le premier week-end de Juillet.

Programme de 1896

Les organisateurs de la course adoptèrent plusieurs tracés au cours des deux derniers siècles. Depuis la création de la Régate en 1839 et durant de nombreuses années, le vieux tracé se terminait au pont d’Henley, ce qui posait quelques problèmes pratiques concernant la circulation des embarcations ; mais, surtout, une différence de courant désavantageait clairement un côté au profit d’un autre.

James Tissot – Henley Regatta, 1877

Un nouveau tracé fut entrepris en 1885 et entra en vigueur en 1886 (voir la carte ci-dessous). Il donnait lui aussi l’avantage à un côté du fait du courant, mais aussi du vent qui s’engouffrait dans les buissons garnissant la rive nord.

Plan de la course en 1893

Il faudra attendre 1924 pour qu’un nouveau chenal de 2112 mètres partant du sud de Temple Island jusqu’au Steward Enclosure soit aménagé, réduisant ainsi le plus possible les aléas dus aux courants et aux vents.

En 1870, la Régate accueille les premiers participants étrangers, qui ne viennent toutefois que d’Irlande. Et ce n’est que depuis 1998 que la course est ouverte aux professionnels ; elle leur était auparavant interdite, le règlement n’autorisant que les amateurs selon des critères très restrictifs. Les sportifs ne devaient ainsi pas avoir participé à une course contre une équipe professionnelle dans le passé, avoir participé à l’élaboration de la course, ou exercé un métier manuel impliquant l’usage de la force physique (!).

Deux Jeux Olympiques se tinrent à Henley concernant les épreuves d’aviron : en 1908 et 1948. Le tracé fut modifié pour l’occasion. Les Jeux de 2012 se dérouleront en revanche au bassin d’entraînement d’Eton, dans la ville de Windsor.

A la Henley Royal Regatta, les catégories en compétition sont nombreuses. Hommes et femmes peuvent concourir en junior ou club, par exemple, en aviron à une, deux, quatre ou huit places, avec ou sans coxswain (barreur), à simple ou double rame. Le nombre de courses à disputer est donc impressionnant. Tous les jours de mercredi à dimanche, deux avirons s’élancent toutes les cinq minutes environ de Temple Island, et celui qui l’emporte se rapproche davantage de la finale qui se tient le dimanche.

© Le Paradigme de l’Elegance – Les tentes abritant les avirons des équipes en lice, juste derrière la ligne d’arrivée et le Steward’s Enclosure.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance – La ligne de départ.

© Le Paradigme de l’Elegance – La vedette de l’Umpire et deux rameurs sur la ligne de départ, derrière Temple Island.

© Le Paradigme de l’Elegance – Sur la vedette de l’Umpire, l’arbitre sur le point de donner le départ en levant puis baissant son drapeau rouge.

© Le Paradigme de l’Elegance – Un rameur simple aux couleurs de l’Afrique du Sud prêt au départ.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance – Des stands parsemés sur le parcours permettent de chronométrer la course à un point intermédiaire, tout en donnant aux équipages une idée de la distance restante à parcourir.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance – La ligne d’arrivée avec, à droite, la Steward’s Enclosure, et l’on aperçoit la Temple Island à l’arrière-plan.

L’édition 2012 ne s’est pas vue embellie par un nouveau record. L’année précédente, en revanche, un total de dix-huit ont été battus, toutes catégories confondues. Incroyable !

Le film The Social Network (2010, David Fincher) intègre une séquence se déroulant à Henley. Elle permet d’avoir un bref mais bon aperçu du fleuve, de la course (bien que fictive sur cette vidéo), et des stands garnissant les berges.

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Pour pouvoir avoir une vue imprenable sur la course, peu de solutions sont possibles : la berge nord, surnommée Bucks (pour Buckinghamshire), est presque totalement privée ; restent donc deux solutions : posséder un bateau afin d’être entre Bucks et le chenal, ou être sur la rive sud, Bercks (pour Berckshire). Ne possédant malheureusement pas d’esquif, c’est vers cette dernière que je me suis rabattu. L’accès à la zone jouxtant la ligne d’arrivée est toutefois réglementé : c’est la fameuse Steward’s Enclosure -les Stewards étant les organisateurs de la course- dont je vous parlais tantôt. Une fois passée cet endroit au dress code très traditionnel mais plus que bienvenu -blazer et cravate pour les messieurs, robe en dessous du genou (et chapeau fortement conseillé) pour les dames, utilisation du téléphone portable interdite-, l’on atteint un chemin public de quelques mètres de large à peine qui longe la berge jusqu’à la ligne de départ. Inutile de vous décrire le chaos qui règne sur ce sentier arpenté par des milliers de spectateurs à la fois. Et comme s’il n’était pas assez étroit, les carrés d’herbe au bord de l’eau sont pris d’assaut dès le petit matin par des groupes de personnes désireuses d’y passer la journée, assis sur une couverture garnie d’un stock impressionnant de victuailles -Pimm’s, fruits frais et sandwichs en tête-, ce qui entrave encore davantage le passage.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance – Même lorsqu’il pleut à verse, les berges ne désemplissent pas plus que le moral des spectateurs ne baisse.

De l’autre côté du chemin, à l’intérieur des terres, se trouvent des stands privés réservés à des clubs d’aviron, mais aussi de nombreuses échoppes vendant nourriture, boissons, vêtements et équipements sportifs.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance – Un équipage venu tester un nouveau rameur aux stands des équipementiers sportifs.

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Si beaucoup d’hommes étaient mal mis (certains étaient même au bord du ridicule), ils étaient nombreux à arborer une veste de régate et une cravate, respectant ainsi le vêtement traditionnel de l’évènement. Et cela fait réellement plaisir à voir, car cela fait presque deux-cent ans que la Henley Royal Regatta a su conserver ses valeurs et leur respect. Cela se constate grâce à l’application dont font preuve les équipages, mais aussi et surtout les spectateurs pour se montrer dans des atours appropriés à l’évènement. Jugez-en plutôt par vous-même :

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

Notons au passage quelques particularités de la veste de régate (boating blazer) au passage : certaines sont des vestes gansées sans fente arrière et en laine vierge, la ganse entourant également l’avant-bras à sa moitié, les pans de la veste se terminant parfois en angle presque droit, et la veste étant coupée plus courte que les vestes habituelle ; d’autres sont davantage semblables aux blazers « normaux » en laine froide, à ceci près qu’ils comportent des rayures aux couleurs du club.

Pour comparaison, voici une illustration d’Apparel Arts datant des années 1930, dans laquelle l’on retrouve ces deux types de veste de régate.

Pour ma part, je portais des chukka boots, le mauvais temps m’ayant dissuadé de chausser mes mocassins ; un pantalon en toile de coton beige ; un tricot à torsades sans manches et au col aux couleurs rouge et or – ce genre de pull n’est guère plus que porté par les joueurs de cricket, mais était également arboré par les sportifs de club en général jusqu’aux années 1970 environ ; une veste de régate bleue marine gansée de gris avec un mouchoir de soie blanche ; une chemise blanche en Oxford et button-down collar, faute d’un club collar ; un noeud papillon jaune à motifs cachemire bleu, afin de rappeler d’autres pièces de la mise ; et un canotier à ruban noir.

© Le Paradigme de l’Elegance

Cette mise s’inspire des tenues de sport des années 1910 et 1920, avec des motifs cachemire (que l’on retrouve par exemple sur la cravate de Nick Carraway dans Gatsby le Magnifique de Jack Clayton), un tricot blanc à rayures club, et une chemise blanche à button-down collar (même si, comme je l’indiquais, un col club aurait été bien plus correct historiquement car entièrement anglais).

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Outre les vestes de régate et canotiers, d’autres pépites ont attiré mon attention. Il s’agissait en l’occurrence de trois magnifiques autos de collections garées au parking de la Sterward’s Enclosure : une Aston Martin DB6, tout d’abord…

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

…une Bentley 4,5 litre, ensuite…

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

…et une Rolls Royce 20/25HP, si je ne m’abuse, pour finir.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Pour conclure, la Henley Royal Regatta est un évènement extraordinaire de par son ancienneté, sa constance, la beauté du cadre dans lequel elle se tien, son attachement aux traditions ainsi que sa capacité à les promouvoir, de promouvoir également un magnifique sport dans lequel l’esprit d’équipe est primordial, et par la grandeur à la fois intellectuelle et physique des étudiants qui y prennent part, qui sont également des sportifs professionnels pour l’occasion. En cela, la Régate est un pur moment d’élégance.