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L’univers fantastique créé de toutes pièces au tournant du XXème siècle par John Ronald Reuel Tolkien, professeur de vieil anglais et de littérature anglaise à l’Université d’Oxford, n’est pas seulement un trésor de littérature, de philologie et de folklore médiéval européen, mais aussi une source d’inspiration quant à l’art de vivre.

Cette source, ce sont les Hobbits, ces petites gens qui peuplent la Comté, une région située au nord-ouest de la Terre du Milieu, l’immense pays qui se fait le théâtre des aventures décrites par Tolkien notamment dans le Hobbit (1937), Le Seigneur des Anneaux (1954-1955) et le Silmarillion (1977, publication à titre posthume).

Julien Scavini (Stiff Collar) notait avec raison lors d’un billet dédié que « le Hobbit représente une sorte d’anglais rêvé, quand les hommes (ceux du livre), cette sorte de ‘grande gent’ curieuse et lointaine figuraient les continentaux, nous par opposition. Le Hobbit a construit une société à l’image de l’Angleterre rurale de Tolkien, loin de la mécanisation, et orienté vers ce terme tout british de cosiness pouvant signifier une atmosphère intime, douillette, mais assez intraduisible à vrai dire« . L’idéal d’un anglais rural de l’époque victorienne, plus précisément, simple, gai, gourmand, casanier, plein de malice, qui aime les métiers manuels (« sauf la cordonnerie« , car le Hobbit marche pieds nus) et ne sait se servir d’aucune machine, « tout juste le soufflet d’une forge« …et ce même s’il est imberbe, en dehors des Forts, et ne peut donc pas arborer de barbe ou de moustache.

Leur pays, la Comté, porte également l’idéal de la campagne anglaise. Son nom, « The Shire » en langue de Shakespeare, évoque l’idée d’un comté britannique générique (Oxfordshire, Cambridgeshire, Buckinghamshire, Hertfordshire…).  C’est un « agréable coin du monde« , une « terre riche et favorable » et où « le soleil brille et l’herbe est très verte« . Bilbon Sacquet, sur le point de la quitter lors de sa disparition surprise lors de son anniversaire, dira à son sujet qu’il « adore ses bois, ses champs et ses petites rivières » même s’il « ne peut résister à l’appel des montagnes » et de l’aventure.

Les Hobbits sont un peuple « généreux et peu avide« . « Ils aiment la paix, la tranquillité et une terre bien cultivée : une campagne bien ordonnée et bien mise en valeur était leur retraite favorite« . « Ils peuvent être mous comme du beurre et pourtant, parfois, aussi durs que de vieilles souches« . Un Hobbit, pour être bien vu, se doit de « ne jamais s’embarquer dans des aventures [ni ne rien faire] d’inattendu » : et pour cause, le Hobbit aime son logis et aime y rester.

La manière de vivre des petites personnes imaginées par Tolkien est remarquable pour ce qui est de contribuer à définir le paradigme de l’élégance. Elle est similaire à bien des principes défendus ici, comme la bonhomie, l’hospitalité et la joie de vivre, et constitue une excellente source d’inspiration outre ce qui a déjà été évoqué. Jugez plutôt.

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Avec l’aimable autorisation de Julien Scavini.

« Ils s’habillent de couleurs vives (surtout de vert et de jaune)« , écrit Tolkien à la fois dans le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, en aplats de couleurs mais aussi magnifiés en motifs divers (rayures, paisley, carreaux…). L’on s’imagine des Semi-hommes vêtus à l’instar des paysans de l’époque victorienne, avec des vestes de tweed, gilets dépareillés de velours ou de laine, des chemises en lin bouffantes et au boutonnage semblable à celui des vareuses, la tête coiffée d’un chapeau de paille tressée en été, et d’un couvre-chef de feutre rond et rebondi voire d’un tricorne pour l’hiver, et des pantalons dépareillés de velours côtelé, cavalry twill ou encore flanelle, remontant sur le derrière et étant maintenus par des bretelles. En effet, alors que Gandalf abordait Bilbon Sacquet au tout début du récit du Hobbit, ce dernier « passa un pouce sous ses bretelles, tout en émettant un nouveau rond de fumée encore plus grand que le précédent » en fumant sa pipe.

Chemise

Crédit : Darcy Clothing

Pantalon bretelles

Crédit : Darcy Clothing

Le Chouan des Villes, lors d’un éloge du gilet de couleur, avait présenté une ancienne photographie de John Ronald Reuel Tolkien prise vers la fin de sa vie, courant 1960 voire 1970, à Oxford. A l’origine en noir et blanc, le cliché a été coloré et le gilet a adopté…deux teintes différentes, comme le notait le Chouan. Qu’il soit lie-de-vin ou vert mélèse, ce gilet de velours aurait pu être celui d’un Hobbit, de même que la mise de l’écrivain d’ailleurs (hormis les souliers et mis-bas, bien entendu).

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Les Hobbits aiment le vêtement. Leur vestibule est en effet garni de « quantité de patères pour les chapeaux et les manteaux » pour eux mais aussi pour leurs invités. Mieux, ils disposent de « pièces entières consacrées aux vêtements« . Des vestiaires que l’on imagine bien entretenus et garnis de meubles sur-mesure permettant de disposer de ses habits de la manière la plus pratique.

Ces nombreux porte-manteaux sont l’un des signes de l’immense hospitalité des gens de la Comté. Bilbon, tout comme les autres Hobbits, « aimait recevoir des visiteurs« . Dans le Hobbit, ce sont onze nains qui débarquent à l’improviste à Cul-de-Sac, la demeure de Bilbon. Bien que décontenancé, celui-ci ne perd pas son sens de la convivialité. « J’étais sur le point de prendre le thé, s’adresse t-il à Dwalïn, l’un des nains. Venez le partager avec moi, je vous en prie« . Malgré ces nain importuns et sans-gênes, Bilbon ne peut se résoudre à employer un ton ferme, à tel point que les visiteurs impromptus loueront ce « très excellent et audacieux Hobbit« . « Puisse le poil de ses pieds ne jamais tomber ! Louange à son vin et à sa bière!« , ajoutent-ils. Cette hospitalité se manifestera également soixante ans après l’intrusion des nains lors d’une réception organisée par Bilbon à l’occasion de son undécante-unième anniversaire.

Cette réception mémorable sera l’occasion d’aborder le thème de la gastronomie, de la bonhomie, mais aussi de présenter le mobilier, l’ameublement et, bien entendu, l’herbe à pipe si chère aux Hobbits. Rendez-vous la semaine prochaine.

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NB: les passages cités proviennent du Hobbit et du Seigneur des Anneaux.