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Le train bleu est l’un des plus beaux restaurants de Paris. Un véritable havre de paix et de beauté où l’on prend son temps et où l’on se surprend déjà à voyager alors même que l’on n’a pas quitté sa banquette. Nul besoin de devoir attraper un train pour pouvoir déjeuner, dîner ou même boire un verre dans ce paradis, il suffit seulement de passer par la Gare de Lyon. Le restaurant domine d’un côté les quais, et de l’autre la place Louis Armand, un ancien ingénieur de la SNCF et, avant 1937 et sa création, de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM).

LA VILLE ENTRE EN GARE

© L’Internaute

C’est justement cette dernière qui fait construire le restaurant en 1900 suite à l’Exposition Universelle de la même année et l’appelle le Buffet de la Gare de Lyon. Il en entrera définitivement en service après une inauguration par le Président de la République d’alors, Emile Loubet, le 7 avril 1901. Ce n’est qu’en 1963 qu’il sera renommé le Train Bleu, un nom qu’il gardera jusqu’à aujourd’hui, en référence au célèbre train qui reliait de 1922 à 1973 Calais à Vintimille, dernière ville de la frontière italienne, en passant par la Côte d’Azur, Marseille, les berges du Rhône et la Bourgogne, avec wagons-lit, restaurant et bar pour clients fortunés et aristocrates.

Train Bleu

Le Train Bleu à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes)

Train Bleu intérieur 2

Le train qui inspiré le nom du restaurant de la Gare de Lyon était très connu dans les années 1920 et 1930. En 1928, Agatha Christie en fait le décor d’une des aventures d’Hercules Poirot, intitulée The Mystery of the Blue Train, dans laquelle une femme se fait assassiner et voler ses joyaux. Un autre événement viendra également étendre le prestige du Train Bleu : en 1930, le magnat et pilote Woolf Barnato se lance le défi d’arriver avant le Train Bleu à Paris en étant au volant d’une Bentley Speed Six. Pari réussi, et immense succès pour cette course un peu folle.

Bentley

Le restaurant semble être l’essence même du panache du Train Bleu, de sa tranquillité, de son raffinement, de son intemporalité. Ses meubles, ses boiseries, ses banquettes et ses fauteuils de cuir portant la marque du temps n’ont pas changé depuis des décennies. Le restaurant se scinde en deux grandes salles séparées par un mur épais que l’on peut franchir grâce à une large ouverture galbée en son centre. L’aile sud contient pour sa part deux ou trois salons reliés par un long couloir : deux sont garnis de bergères à oeillères, ainsi que de fauteuils et canapés Chesterfield en cuir de couleur cognac, tandis que le troisième est paradoxalement plus épuré avec un style oriental et nord-africain.

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© Le Paradigme de l’Elegance

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Tout en long, l’établissement est parsemé de larges arches qui font office de fenêtre et mesurent plusieurs mètres de haut et de large. En plein jour, la lumière naturelle fait scintiller les nombreuses dorures ainsi que les portes-manteau en laiton, tandis que le crépuscule permet d’admirer le soleil rougeoyant qui meurt derrière les immeubles haussmanniens. Les fenêtres orientées vers l’est et la gare permettent d’observer toute la journée l’incessant balai des voyageurs pressés par l’imminence du départ de leur train, tandis que vous êtes bien installé dans votre fauteuil, votre banquette ou votre chaise, à l’abri du vacarme et des annonces tonitruantes de la SNCF. Signe que le temps n’a pas prise sur ce lieu, une seule horloge indique aux convives s’ils sont en retard pour leur correspondance, et celle-ci trône au milieu de la salle nord.

© Le Paradigme de l’Elegance

© Le Paradigme de l’Elegance

Ce n’est pas un hasard si le Train Bleu a été classé à  l’Inventaire des Monuments Historiques par André Malraux en 1972. L’invitation au voyage et le rêve que cela véhicule provient du train qui lui a légué son nom et du mobilier, mais aussi et surtout des 41 fresques murales et plafond qui dépeignent avec un certain Romantisme les destinations desservies à l’époque par la Compagnie PLM – un sigle que l’on retrouve d’ailleurs sur les vitres qui séparent deux tablées, ou sur la vaisselle. «L’axe PLM» si cher aux géographes est ici magnifié : Paris, les ruines romaines d’Orange, le lac d’Annecy, le vieux port de Marseille dominé par Notre-Dame-de-la-Garde, le rocher de Monaco…l’on retrouve des destinations qui faisaient encore rêver à l’orée du XXème siècle. Ces fresques ne sont pas les seules de la Gare de Lyon : l’on peut également en retrouver dans la grande coursive menant des voies numériques aux voies alpha. Il s’agit d’une autre fresque promouvant également les destinations de la Compagnie PLM et il s’agit de la plus longue du monde, avec presque 100 mètres.

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© Le Paradigme de l’Elegance

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© Le Paradigme de l’Elegance

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© Le Paradigme de l’Elegance

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© Le Paradigme de l’Elegance

Le Train Bleu, c’est une ambiance, un décor d’époque, mais aussi et surtout un restaurant gastronomique servant des plats traditionnels et revisités du patrimoine français. La carte change tous les six mois afin d’adapter les mets proposés aux ingrédients disponibles afin qu’ils soient frais. Le plus populaire, comme le saucisson lyonnais pistaché rehaussé d’une sauce à la moutarde ou le tartare de bœuf, côtoie le plus raffiné, comme le tourteau au safran ou la rascasse à l’encre de sèche. La Maison a évidemment ses spécialités, comme le foie gras maison cuit ou le baba au rhum, lui aussi préparé sur place. Ce dernier vaut le détour : c’est une immense et savoureuse brioche garnie de crème fouettée et de rhum ambré, dont une bouteille entière est laissée sur la table du client. Le service est impeccable et en phase avec ce que l’on est en droit d’attendre d’un établissement de cette qualité, même si les serveurs ont l’air plutôt gauche avec leur costume trop grand et leur nœud papillon pré-noué. Les prix sont en définitive relativement peu élevés comparés à la qualité et à la saveur des produits servis et au fantastique décor. En effet, comptez environ 60 euros pour un menu complet agrémenté d’une demi bouteille de vin limitée à un blanc sec et un rouge, voire plus à la carte ou pour d’autres menus davantage garnis.

Le poids de l’Histoire, de l’Art et de la Gastronomie est aisément palpable au Train Bleu et fait de ce lieu un paradis intemporel.

© Le Paradigme de l’Elegance

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