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Nul ne saurait être élégant sans savoir-vivre et sans se comporter comme un gentleman, sous peine de n’être qu’une façade. Ces convenances doivent, dans l’idéal, être omniprésentes, et remplir chaque recoin de notre existence. Chaque recoin, en effet, doit en être imprégné. Quid de l’automobile, à l’heure où chacun peut être propriétaire d’une voiture ? Quiconque conduit un peu sur les routes de France et de Navarre s’apercevra très facilement de l’incroyable incivilité ambiante. Je n’arrive pas à en saisir les causes. Peut-être est-ce que les conducteurs pensent qu’il n’y a personne dans les autres véhicules, ce qui les désinhibe ? Peut-être considèrent-ils leur véhicule comme étant leur propriété, avec leurs propres règles ? Ou peut-être n’ont-ils pas intégré les mises à jour relatives au code de la route ? Ou l’ont-ils tout simplement oublié ?

Parlons-en, du code de la route. C’est avant tout un outil pratique qui donne un standard de comportement en auto. Il facilite la circulation sur les voies. Mais, au delà de cette conception plutôt terre-à-terre, beaucoup de ses articles relèvent du respect d’autrui, piétons comme conducteurs. Par conséquent, il relève éminemment du savoir-vivre et de l’élégance morale. Cela permettrait par la même occasion de rendre plus actuels que jamais les usages et convenances en les adaptant à une pratique plus que répandue : la conduite automobile. Celle-ci devrait être régie par un double impératif moral (le savoir-vivre) et légal (nul n’est censé ignorer la loi). Il s’agit d’un code de bonne conduite, dans les deux sens du terme, qui devient un absolu à atteindre dans une société de plus en plus déshumanisé. Listons donc quelques comportements élégants à adopter au volant.

La refonte du code de la route en 2001 a renforcé le droit des piétons. Cela tombe bien, la route est dangereuse pour eux. Ils ne peuvent donc la traverser si personne ne s’arrête. S’ils sont sur un passage piéton, même ceux non marqués par un feu tricolore, le code indique que l’automobiliste se doit de les laisser passer. Une infraction à ce niveau revient à ne pas s’arrêter à un stop, soit quatre points de retrait. Mais, au delà de la simple loi, cela relève de la politesse et du respect. Ne laissons pas les piétons attendre indéfiniment, ce qui peut hélas les inciter à traverser en dépit du trafic. S’ils sont âgés, il faut bien sûr les laisser prendre leur temps et, si personne n’attend derrière, aller les aider à traverser. Combien de fois ais-je vu de zouaves klaxonnant à tue-tête devant de frêles et infirmes grand-mères ? C’est affligeant. Le temps est définitivement devenu de l’argent aux yeux de bien de nos concitoyens, s’ils réagissent comme cela lorsqu’ils perdent une poignée de secondes. Je suis persuadé que certains ont un compteur dans leur véhicule, à l’instar des taxis.

Le klaxon, justement, doit être réservé aux situations de danger imminent impliquant un autre véhicule. C’est un outil de prévention, et uniquement cela. D’ailleurs, le code de la route est clair : son usage est réglementé, et ce surtout en agglomération, là où la population est bien plus importante qu’à la campagne, et la nuit. Cela montre bien l’objectif premier de cet article : éviter les nuisances sonores, afin de ne pas déranger autrui. Cela relève aussi du respect, mais également de la discrétion. Il est de ce fait désolant de voir que certains l’utilisent par exemple lorsque la voiture les précédant n’avance pas assez vite à leur goût. Ce sont très souvent de vils personnage accros au tunning et à la patine de souliers. Quelle impolitesse ! Quel manque de considération pour la personne devant eux ! L’équivalent du klaxon pour des piétons est de crier. Est-il approprié, en pleine rue, de crier sur un individu que l’on ne connait pas ? Assurément, non ! Alors pourquoi faire l’équivalent en voiture ?

Un autre aspect des incivilités au volant concerne les priorités, cédez le passage, stops, et dans une moindre mesure les feux tricolores. Bref, tout ce qui implique une intersection, et une hiérarchie de la circulation au sein de celle-ci. Là, l’impératif moral repose directement sur l’impératif légal qu’est le code de la route. Ce dernier établit que certains véhicules doivent en laisser passer d’autres, afin d’éviter que le chaos ne s’installe aux croisements. Ne pas respecter cette hiérarchie, en plus d’être puni par la loi (quatre points pour tout ce qui a trait aux intersections), est là aussi affaire de politesse, et de bon sens. En effet, prenons le savoir-vivre ‘traditionnel’ en comparaison, qui établit un sens des priorités entre les genres et les statuts sociaux perçus. Plus prosaïquement, il est d’usage de tenir la porte à une dame ou une demoiselle. Refuser une priorité à une autre voiture reviendrait à claquer la porte au nez à ces dernières, sans compter qu’il s’agit également d’éviter un danger physique. De toutes les intersections, les priorités à droite sont les moins respectées, peut-être parce qu’elles sont les moins connues. A ce propos, toute voiture débouchant d’une route à la droite de l’automobiliste doit, sauf mention contraire (panneau de route prioritaire, stop, cédez le passage), laisser passer les véhicules qui s’y engagent.

Qui dit intersections, dit forcément clignotant, afin d’indiquer à autrui un changement de direction. Ce qui est très peu connu est notamment la nécessité de l’activer dans les ronds points. Tout oubli est sanctionné de trois points de retrait sur le permis de conduire. Un clignotant mis au bon moment permet d’éviter nombre d’accidents. Et, oui, le clignotant mis au dernier moment n’est d’aucune utilité. Mais, au delà ce cet aspect légal, il s’agit là aussi de courtoisie. Mettre son clignotant revient à dire « veuillez m’excuser, je vais bientôt tourner à gauche/à droite, faites attention » . Evident ? La moindre des politesses ? Pas pour tout le monde. Le clignotant est souvent considéré comme un passe-droit. « j’ai mis mon clignotant, je peux donc m’insérer » . Faux et terriblement impoli, en plus d’être dangereux.

Voici un article très peu connu du code de la route. Pourtant, il relève du bon sens absolu. « Tout conducteur ne doit s’engager dans une intersection que si son véhicule ne risque pas d’y être immobilisé et d’empêcher le passage des véhicules circulant sur les autres voies » . Logique, me direz-vous. Là encore, pas pour tout le monde, puisque certains klaxonnent les personnes respectueuses qui s’arrêtent afin de ne pas congestionner les voies, et ce même si le feu est vert. Ces impatients voudraient gagner une poignée de secondes pour, au final, perdre de longues minutes à cause d’une intersection bouchée par leur faute. Cela me sidère.

Pour finir, parlons de la vitesse. Le fait de la limiter aboutit nécessairement à quelques restrictions arbitraires, voire injustes, certes. Est-ce pour autant qu’il faut systématiquement les dépasser ? Bien sûr que non. « Oui, mais tant que nous restons maître de notre véhicule ! » me répondront les Steeve McQueen en herbe. Oui, mais jusqu’à quel moment ? Et des circuits fermés existent pour rouler à l’allure que l’on veut, et faire ce que l’on veut. Les routes, elles, sont publiques, et rouler à une vitesse indue pour son plaisir personnel, ou parce que l’on est pressé, met en danger autrui. D’autant plus que rouler vite en ville ne fait pas gagner énormément de temps, du fait des nombreux feux de signalisation qui jalonnent le parcours.

Pour conclure, conduire ne revient pas simplement à passer des vitesses, tourner un volant et appuyer sur des pédales. C’est bien plus que cela. Au delà de l’impératif de sécurité, il s’agit de prendre conscience que des personnes bien réelles sont dans les autres véhicules, et qu’elles doivent recevoir le respect dû à chaque être humain. Il s’agit également d’être poli et courtois. Enfin, prendre son temps n’est pas une option : il s’agit de lutter contre la rationalisation complète de l’existence instituée par l’argent-roi, le bling-bling. Le savoir-vivre est donc plus que jamais actuel, réel et nécessaire. La preuve pour l’automobile.