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L’élégance aussi a ses propres Dieux. Ils continuent d’influencer de manière bienveillante les élégants qui tentent de marcher dans leurs pas. Aux Champs-Elysées de ce Panthéon siège Son Altesse Royale le Prince Edward (1894-1972), aux côtés de Cary Grant, Jean Cocteau, Giovanni Agnelli, Fred Astaire, Philippe Noiret et bien d’autres. Les titres Royaux étant attribués en fonction du statut, comme le veut le protocole en vigueur outre-Manche, vous reconnaitrez sûrement cet homme sous un autre nom plus évocateur : Son Altesse Royale le Prince de Galles, connu de tous les élégants pour ses mises impeccables et magnifiques, mais aussi pour avoir popularisé le célèbre motif dit Prince de Galles.

Crédit : Blog 'A Northern Dandy'. Tissu Prince de Galles

Mais, au juste, qui est vraiment Edward, Prince de Galles ? Que savons nous de lui ? Avant de pouvoir réellement répondre à ces questions, il faut replacer son Altesse Royale Edward dans son contexte historique et social.

Pour plus de facilité, je prendrai la Reine Victoria (1819-1901) comme point de repère, tant son règne (1837-1901) fut long, marqué par les deux Révolutions Industrielles, et donc bien plus connu que ceux d’autres monarques. Son fils, Edward VII (règne de 1901 à 1910), est également célèbre parmi les élégants pour avoir ‘créé’ la règle Sartoriale selon laquelle le dernier bouton d’une veste ou d’un gilet doit être défait ; il popularisa également les ourlets à revers aux pantalons. George V (règne de 1910 à 1936), le fils d’Edward VII, eu six enfants, qui sont donc les arrières petits-enfants de la Reine Victoria. Edward, étant l’aîné de cette fratrie, était donc l’héritier présomptif (c’est-à-dire le premier sur la liste de succession au trône) à partir du décès de son grand-père, le Roi Edward VII, en 1910. Comme tous les héritiers présomptifs, il portait le titre générique de Son Altesse Royale le Prince de Galles (il y a donc eu de nombreuses personnalités Royales ayant porté ce titre dans l’Histoire, le plus récent étant le Prince Charles). Lorsque George V, son père, décéda à son tour en 1936, Edward lui succéda, devenant ainsi Sa Majesté le Roi Ewdard VIII. Il abdiqua cependant quelques mois plus tard, la même année… Il porta ensuite, et jusqu’à sa mort, le titre de Son Altesse Royale le Duc de Windsor.

A la lueur de ce contexte historique, nous pourrons mieux lire la fresque de sa vie.

L’amant

Edward rencontra Wallis Simpson en 1931, une américaine par deux fois divorcée. Ils devinrent amants, au grand dam des parents du Prince, qui n’appréciaient visiblement pas les fréquentations de leur fils.

A la mort de son père en 1936, Edward devient Roi. Cependant, le ‘problème Wallis’ ne fut pas réglé, au contraire. Edward voulait bien évidemment marier sa bien aimée. Or, l’Eglise Anglicane, dont le souverain est également le chef, interdit le mariage avec une personne divorcée dont l’ex-conjoint est encore en vie. Vous devinez que c’était le cas pour Wallis Simpson. Et vous soupçonnez qu’elle ai pu avoir un rôle dans l’abdication de son amant. Vous soupçonnez bien. Le premier ministre -convervateur- de l’époque, Stanley Baldwin, fit pression sur le Roi pour qu’il respecte la doctrine de l’Eglise.

Edward VIII abdiqua donc dans le seul but de pouvoir se marier. Il y a deux manières de voir les choses : considérer que cet homme a du courage et est un amant fidèle, ou bien, au contraire, qu’il est un sacré couard d’abandonner de telles responsabilités pour des raisons que l’on peut juger futiles. Je vous laisse vous faire votre propre opinion. A ce sujet, d’ailleurs, deux films très récents ont dépeint le Prince de Galles, apportant point de vue et jugement différents sur sa personne. Il s’agit du très réussi Discours d’un Roi (Tom Hooper, 2010), où Edward apparaît comme un être égoïste et impulsif. Il s’agit également du film de Madonna, intitulé W.E. (pour Wallis, Edward), et actuellement présenté à la Mostra de Venise. L’artiste, qui s’improvise réalisatrice, a visiblement exploré la piste de l’homme de coeur.

Wallis et Edward

Le sympathisant du régime Nazi

Le Prince de Galles était un raciste notoire dès son plus jeune âge. Il eut même dit, à propos des indigènes australiens, qu’ils sont « la forme de vie la plus révulsante » et « la forme la plus dégradée d’humanité ». Vous pouvez donc commencer à apercevoir une facette supplémentaire d’Edward, aussi ignominieuse soit-elle.

Il était également un sympathisant du régime Nazi. Adolph Hitler et lui s’admiraient mutuellement. Ceci était une autre raison des pressions exercées à l’encontre de sa personne afin qu’il abdique. En 1937, c’est-à-dire après son abdication, et malgré la désapprobation du gouvernement Britannique et de la Couronne, il fit un voyage officiel en Allemagne. A cet occasion, il passa en revue des troupes de SS, rencontra Hiler, et fit d’ostensibles saluts Nazis. Bien que nombre d’européens, jusqu’à la déclaration de la guerre et même après, n’étaient pas opposés au Nazisme, voire lui étaient favorable, l’attitude d’Edward montrait clairement une sympathie et un soutien au régime qui en surpassaient bien d’autres.

Durant la seconde guerre mondiale, et voyant que sa sympathie pour l’Allemagne Nazie ne désemplissait pas, le gouvernement Britannique força Edward à quitter Paris occupée, et le mirent à l’écart en lui donnant les Bahamas à gouverner. Une fois la guerre terminée, son existence ne fut plus que mondanités, et ce jusqu’à son décès.

Elegance, amour, irresponsabilité, racisme et fascisme. Nombreuses sont les facettes de la vie de cette homme. Elles permettent également de se poser de nombreuses questions quant à l’élégance, et à ses implications. N’est-elle que beauté d’une mise, harmonie des proportions et glaçages parfaits ? L’élégance vestimentaire est-elle indissociable de l’élégance morale ? Si vous me suivez depuis la création du blog, vous savez l’importance que j’attache à la réconciliation du fond et de la forme à ce propos. C’est pour cela que je considère l’élégance comme une matrice, dont les nombreux paramètres -physiques et moraux- sont interdépendants et indissociables. L’élégance ne doit pas se résumer à la perfection d’une mise, sous peine de tomber dans la superficialité et l’arrogance, et de véhiculer cette image désastreuse. Non, l’élégance est aussi et définitivement affaire de culture, de morale et d’ouverture. Hélas, le Prince de Galles n’avait pas considéré ces paramètres.

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