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Ah, Cannes, sa croisette bétonnée, ses starlettes bien trop poudrées, ses boutiques de ‘marques’ de ‘Luxe’ aux devantures néo-moderno-rétro-vulgaires, ses retraités aisés mais peu cultivés, ses touristes en chaussettes-sandales et bermuda persuadés que la ville et son Festival sont un parangon de bon goût, et….Tabuba. Comment, vous ne connaissez pas Tabuba ? Moi non plus. Jusqu’à ce que je reçoive cette missive, il y a quelques jours, et qui m’était sûrement adressée en ma qualité de blogueur :

Ah, une « jeune marque » qui ne veut rater sous « aucun prétexte » un évènement « glamour et audacieux« . Merveilleux, merveilleux ! Que de bons mots que j’affectionne. Rien de tel que de savantes opérations de communication pour promouvoir une « marque singulière« , puisque les produits seront « remis dans la plus grande exclusivité et de façon confidentielle à une sélection de confidentielle à une sélection de personnalités présentes sur la Croisette« . Loin de moi l’idée de chercher la petite bête, mais l’exclusivité ne consiste t-elle justement pas à ne pas divulguer ce que l’on va faire ? Tout miser sur le caractère soit-disant « confidentiel » et « collector« , voilà qui est décidément très vilain ! A croire que les fameux produits sont tellement laids qu’il est nécessaire de diffuser un vaste écran de fumée pour cacher l’affreuse et inavouable vérité… Tout de même, Jean-Claude Van Damme, intellectuel notoire, est un « ambassadeur conquis« . S’il est, alors qui ne le serait pas !

Voici les modèles que notre cher Tabuba s’évertue à diffuser :

Ah, mais que voici ? Serait-ce un soulier abstrait ? Un soulier surréaliste ? Ou peut-être tout simplement un prototype de sabot doté d’un éperon ? Cela ferait sens, car il paraît que Cannes est peuplée de rustres. Mais apparemment, ces souliers ne sont rien de tout cela…voilà qui est fort amusant ! Qu’apprend t-on en lisant la légende ? Tout d’abord que l’on a à faire à un cuir « vintage« . Mais que diable ce terme signifie t-il lorsqu’il qualifie le mot « cuir », et ce, deux fois d’affilé ? Voilà qui s’adresse sûrement aux plus arriérés des hipsters – c’est dire. Et, enfin, le prix. Le prix ! 356€, en voilà une bonne affaire pour un soulier à coup sûr monté main selon la méthode Blake ou Goodyear !

Que diable, encore un très beau modèle de soulier. Et voilà que le cuir « vintage » frappe encore. Halte au terrorisme du vintage ! Avez-vous aussi remarqué cette manie de nommer des modèles ? Quel est l’effet recherché ? Pourquoi ne pas leur donner leur véritable nom -richelieu, derby…- ?

« Que portez-vous aujourd’hui mon cher ? » « Oh, aujourd’hui, c’est très simple. Vu que je suis à la campagne, je porte des Arthur, mais si j’étais en ville, j’aurais porté des Théo« .

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Plus sérieusement, les communiqués de presse s’entassent sur ma messagerie. Chers mesdames et messieurs les communicants, il serait bien davantage dans votre intérêt de vous intéresser à votre destinataire avant d’envoyer des messages pré-écrits. Vous croyez atteindre plus de monde ? C’est raté ! Recevoir de tels mails est insultant et déshumanisant. Prenez la peine de rédiger un mail personnalisé, aussi court soit-il, quitte à ce qu’il comporte moins de destinataires. C’est, semble t-il, la moindre des politesses, et des élégances. Pour se faire, il vous faudra vous intéresser à ce que j’expose ici. Cela vous dissuadera fortement de m’écrire, vu mon aversion évidente pour les ‘marques’ et consort. Mais votre course au rendement doit vous rendre momentanément aveugle.

Quant à moi, je fais tabuba rasa de ces horribles souliers.

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