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Comme vous avez pu l’apprendre par les principaux quotidiens français, Érik Izraelewicz, le directeur des rédactions du journal Le Monde, est décédé il y a trois jours, le 27 novembre. Son parcours, de même que sa gestion de la ligne éditoriale du Monde, sont exemplaires en bien des points, et méritent en cela un hommage.

Érik Izraelewicz en 2011. Crédit : Le Monde / Sipa

Érik Izraelewicz en 2011. Crédit : Le Monde / Sipas

Érik Izraelewicz était un grand intellectuel. Journaliste, économiste, spécialiste de la Chine…: ses casquettes sont nombreuses, et témoignent de son immense curiosité et de sa culture. Il débute en tant que journaliste économique, puis intègre vite Le Monde, en 1986, sept ans après l’obtention de son doctorat en économie internationale. Dix ans plus tard, il en est nommé rédacteur en chef. En 2000, il quitte le principal quotidien français, pour Les Échos, où il occupera le même poste puis deviendra directeur de rédaction. Il rejoint La Tribune, l’autre grand quotidien économique, en 2008, qu’il quittera en 2010 suite à sa revente.

A la fin des années 2000, Le Monde subit de plein fouet la crise des grands quotidiens papier, suite à l’inexorable baisse des achats en kiosque. En 2010, trois investisseurs -Mathieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre Bergé- reprennent l’affaire et sauvent momentanément le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry de la faillite. C’est Érik Izraelewicz qu’ils contribuent à porter à la tête du journal en 2011. Un retour à Ithaque pour celui qui y avait commencé sa carrière.

Érik accompagna Le Monde par ces temps difficiles en conduisant sa mue du papier à l’internet. Il fut aussi un des garants de la continuité de sa ligne éditoriale. Une ligne indépendante, intelligente et critique. En ce début d’année 2012, il la résumera magnifiquement lors d’un documentaire réalisé par Yves Jeuland : « Ce qui fait la force de notre éditorial, c‘est que nous ne sommes pas dans un camp ou dans l’autre. Le Monde a ses valeurs, et c’est à partir de ces valeurs qu’il prend position. Il y a un journal de droite –Le Figaro-, il y a de l’autre côté un journal de gauche –Libération. Nous sommes au Monde, pas pour être le porte-parole de l’Élysée, ni pour être les chantres du réenchantement de la gauche. J’avais voulu, pour ma part, que nous réenchantions l’information. Je ne suis pas devenu journaliste pour faire de la politique, mais du journalisme. J’ai rejoint Le Monde car c’est un journal qui a des valeurs. Ces valeurs, il doit les affirmer, les réaffirmer dans les moments forts de la vie démocratique du pays« . Cette position non partisane, appelant au comportement citoyen, à l’intelligence et à l’esprit critique, fait honneur à la fois au Monde et à Érik Izraelewicz, qui a su en être le garant. Ce dernier manquera cruellement à son journal, mais aussi à notre pays.

Je vous souhaite un très bon week-end en dépit de cette triste nouvelle.

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