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Chers lecteurs,

LPDE rouvre aujourd’hui ses portes après une période de repos bienvenu. Mais avant de reprendre la série de billets dédiés à Tintin que nous avions laissée derrière nous en juillet dernier, j’ai le plaisir de relayer un troisième article écrit par Pierre de Bonneuil. Après Paul Poiret et Bernard Boutet de Monvel, c’est au tour du dessinateur Floc’h de se faire dresser le portrait. Bien connu des amateurs de bande dessinée comme de vêtement classique -l’artiste illustre les couvertures de Monsieur Magazine-, son parcours est remarquable. Vous pourrez d’ailleurs en retrouver une rétrospective dans l’ouvrage Floc’h Inventaire à paraître demain aux éditions de la Martinière.

Bonne lecture.

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Entête - Floc'h

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En Mayenne, où Floc’h a passé son enfance, il était un chef de bande ! Un personnage du nom de Bicot faisait l’admiration du petit garçon car sa position était tout simplement la présidence d’un club. L’un de ses passe-temps favoris : la construction d’une cabane – qu’il peignait, enjolivait, améliorant ainsi son époque et son repaire … La brouillardise représentait sa maîtresse ! Les écussons qu’il portait avaient une signification majeure dans son existence, celle d’un goût certain pour l’Angleterre. Il développa, – quelques années plus tard – son imagination et son talent pour la peinture à l’école nationale supérieure des arts décoratifs. Sa faculté à cerner les couleurs le poussa donc à consacrer sa vie à l’illustration.

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Parmi les nouveautés de 1977, un album – Le Rendez-vous de Sevenoaks – a retenu particulièrement l’attention du lectorat par son graphisme. Ce qui touche, c’est la ligne claire … Héritier d’Hergé et de Jacobs, Floc’h se consacra à une investiture surprenante et pris le temps d’admettre cette facilité de conduire les mots par une inspiration épurée.

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Détestant l’aventure, il voulait démontrer que l’on pouvait faire de la bande dessinée autour d’une tasse de thé. Ainsi le scénario confectionné par François Rivière plu directement à l’illustrateur ! La forme déstructurée cassait avec la linéarité du genre et conviait à un style de récit révolutionnaire.

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Plusieurs albums suivirent ! Amenant son trait à la reconnaissance référentielle ! Le succès accordait quelques faveurs … dont une place pour la publicité.

Floc'h Cigare

Il développa ainsi son habilité au pinceau et explora certaines techniques de dessins.

Quelques réalisateurs – Diane Kurys, Alain Resnais, Woody Allen …- contribuèrent aussi à sa carrière. L’illustrateur réalisait des affiches et avait parfois le mot pour libérer une action.

La presse en France – Lire, Monsieur, Le Monde, Le Figaro …- et même celle des États-Unis – GQ, The New Yorker …- feront appel à ses services pour de nombreuses illustrations.

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Le Dandysme ?

Dans une interview accordée en décembre 2008 au magazine des livres, il avoue être un peu fatigué de la question sur le Dandysme. Car il ne veut en aucun cas être enfermé dans une posture. Il n’en retire aucune fierté et opte pour un exemple facétieux. Celui de Monsieur Jourdain ! Il faut être Dandy sans le savoir… Puis, Floc’h raconta une anecdote sur Fred Astaire qu’il considère encore maintenant : on vient voir un jour le Danseur pour lui annoncer qu’il est élu l’homme le plus élégant de l’année – Astaire répondit : je prends le premier vêtement qui me tombe sous la main. Peut-être le premier précepte du Dandysme est celui du recul : Noli Me Tangere … D’ailleurs, le dogme fondamental de l’illustrateur est celui de Barbey d’Aurevilly : le Dandy se joue de la règle mais la respecte encore. Il conviendra au journaliste que sans la deuxième partie de l’aphorisme, le jeu perd de sa subtilité.

Floc'h chez lui

François Rivière écrivit, en 1983,  sur le sujet :

« Floc’h ou le Dandysme bien tempéré – L’amour de la vie se manifeste de mille et une façons. Beaucoup d’entre-nous s’efforcent de dissimuler sous les atours les moins révélateurs, une appréciation délectable de l’univers en mouvement. D’autres comme Floc’h, affichent un apparent dédain du réel sous l’habit le plus scrupuleusement désirable du monde. Un monde égotiste, sans doute, furieusement drapé dans le strict ordonnancement du Dandysme, mais un monde palpitant, intransigeant dans son désir (J’y insiste) de l’opéra vécu. Opéra, oeuvre. Désir de paraître. Désir de naître sans arrêt, d’arrêter le monde en son tourbillon pour fixer l’éphémère comme on graverait la mort dans le marbre : la vie palpite avec la frénésie d’un oisillon pris au piège.

(…) Il navigue entre le rêve du passé et la soif d’un présent qui s’éternise sur le sofa. Jeu de massacre et jeu d’intérieur. Jeu de mains fines, manucurées, regards en coulisse, rires nerveux, mondanités fixées pour l’Art, divertissement suprême du cercle de la nuit qui rassemble tous les acteurs du film modèle. Le trait s’aiguise autour des visages les plus archétypés, mais aussi complices d’une dramaturgie qui substitue aux valeurs passagères les conflits anciens, les masques de toujours en des joutes où le réel vacille. Son Dandysme le garde d’excès d’horreur, le trempe paradoxalement d’une force persuasive (…) et son univers se met à dire la vérité profonde du déguisement. »

Floc'h Inventaire

Le 19 septembre 2013 ( Demain ! ) sera l’occasion pour Floc’h de fêter ses 60 ans et 40 ans de carrière. Pour célébrer sa carrière sort le majestueux Floc’h Inventaire aux éditions de la Martinière.

Présentation du livre par l’éditeur dans le communiqué de presse :

Une rétrospective de 40 ans de carrière d’un des plus grands illustrateurs.

Le parcours de Floc’h est tout en trompe-l’œil et en paradoxes. Avec la nonchalance du dandy, il a bâti en quarante ans une œuvre essentielle dont cet Inventaire rassemble les plus belles réussites.

Ses couvertures pour le prestigieux New Yorker, ses contributions aux films d’Alain Resnais, ses affiches pour Woody Allen, ses vignettes pour le monde du luxe, ses portraits, ses sérigraphies, ses portfolios, sans oublier l’intégralité de sa copieuse bibliographie, de sa toute première bande dessinée à ses ouvrages les plus récents.

500 images éblouissantes de rigueur et de liberté pour rendre justice à un grand inclassable du dessin qu’on a cru trop longtemps pouvoir résumer à sa seule filiation hergéenne. La promenade dans les salles de cette galerie idéale permet d’en percevoir les détails les plus subtils, de comprendre comment tout, dans le travail de Floc’h, est conçu, pensé, pesé, posé sur le socle de sa culture, de son goût pour l’élégance et l’understatement british, de ses admirations, de ses affinités et de son inlassable curiosité.