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L’organisation du vestiaire est essentielle pour tout amateur de vêtement classique. Utilisons ce mot, « vestiaire » , par commodité : il peut alors s’agir d’un meuble ou d’un ensemble de meubles (une penderie ou un placard doublés d’une commode, par exemple) et ceux-ci peuvent se trouver dans la chambre à coucher comme dans une pièce attenante, la garde-robe ou dressing room.

Disposer d’un espace de rangement adéquat est la moindre des choses pour celui qui entend traiter ses habits avec respect et déférence. Le vêtement a une âme : il est le réceptacle d’un grand savoir-faire, celui des tailleurs, et de la tradition plus que centenaire qui a fait ce qu’il est devenu durant la première partie du XXème siècle. Un vestiaire bien organisé et bien rangé garantit la longévité de ses atours : l’on évite ainsi d’entasser ses costumes dans un minuscule réduit ou d’empiler ses souliers au fond d’un placard.

La commodité offerte par un vestiaire bien ordonné est sans égale : une fois la porte ou le tiroir ouvert, tout est à portée de main, bien en évidence. Ce n’est pas tant le gain de temps qui est recherché mais le plaisir d’avoir face à soi un bel assortiment de vêtement construits pour durer, faits de magnifiques étoffes, des merinos aux tweeds en passant par les twills de soie ou de laine, aux teintes somptueuses et aux motifs complexes et travaillés.

Cette esthétique est primordiale. Elle permet de contribuer à construire un « une oasis de beauté dans le criant désert » [Le Signe des Quatre, Sir Arthur Conan Doyle] actuel tout comme le permet la musique ou le mobilier. Au terme d’une journée éprouvante par la bêtise de nos contemporains et de la laideur du dehors qui peut être extrême, il est parfois salutaire de pouvoir se réfugier dans cette oasis, à l’ombre d’une commode de style Edwardien, de se désaltérer les prunelles par la légèreté et la fraîcheur de cravates de soie tandis qu’embaume le cèdre rouge des embauchoirs glissés au creux des souliers.

Au-delà de l’esthétique, l’organisation du vestiaire peut constituer l’un des reflets de l’élégance intellectuelle. Si cette dernière s’incarne par le fait de porter ses vêtements en fonction de la tradition, mais aussi et surtout de l’occasion et de la fonctionnalité demandée, alors le vestiaire doit permettre de les choisir en fonction de ces critères. Toute son organisation devrait donc être régie par ce principe.

Notez toutefois que chacun est libre d’organiser son vestiaire comme il l’entend, qu’il s’agisse du choix du mobilier, de leur style, de leur nombre ou de l’essence de bois choisie (même si, à ce sujet, je déconseille le contreplaqué), mais les principes évoqués dans le paragraphe précédent me semblent primordiaux. Dès lors, celui qui privilégie l’apparence de ses mises et qui est adepte du « style » n’optera que pour un vestiaire organisé par couleur ou par motif. Il se retrouvera alors avec des chemises à carreaux Vichy bleus mélangées à des chemises à rayures, elles aussi bleues ; de même, une cravate club bordeaux sera rangée avec des grenadines de soie de la même teinte. Le classement par apparence aboutit à un mélange des genres peut souhaitable. Il ne doit intervenir qu’en dernier, après un classement opéré à l’aune de l’élégance intellectuelle. Selon de dernier, les vêtements doivent être tout d’abord organisés par saison, puis par activité (le travail, la promenade, la chasse, la pêche…), par lieu (ville, campagne…) ainsi que par occasion (mariage, dîner, Royal Ascot…). Les tenants de la plus pure tradition pourront même opter pour un arrangement entre habits du matin, de journée et du soir. Une fois ce classement effectué, alors chaque catégorie peut être arrangée par couleur et par motif.

Il va sans dire que plus vous aurez d’activités, plus vous aurez besoin d’espaces de rangements servant de frontière entre vos différents atours : par exemple, une penderie pour les vêtements de ville, qu’ils soient de travail ou plus décontractées, si vous résidez dans une agglomération, une autre pour les habits formels si vous en avez l’usage, encore une autre pour les vêtements de campagne…Cela vous permettra d’avoir à disposition immédiate des vêtements qui siéront à votre activité du jour.

Le vestiaire devra être renouvelé deux fois par an, lorsque le temps se fait plus clément puis lorsque la bise revient. Les affaires non utilisées (à l’aube de l’été, les chemises en Viyella, les pardessus, les mis-bas de laine, les chandails épais, les pantalons de flanelle la plus chaude, les couvres-chef de feutre par exemple) pourront être remisées dans des housses, dans des malles de bois, voire les deux. Ce changement de saison est également l’occasion d’opérer un grand ménage salutaire.

Voici, en outre, quelques recommandations :

  • Il vaut mieux pendre ses chemises que les plier : il n’y a rien de plus laid que des plis profondément marqués sur un solide oxford ou un twill soyeux.
  • Ranger des souliers garnis d’embauchoirs en cèdre rouge dans sa penderie permet de diffuser un agréable senteur légèrement mentholée. Mieux, cela protège des mites au même titre que la naphtaline sans en avoir l’odeur, et permet d’absorber légèrement l’humidité ambiante.
  • S’il n’est pas possible de ranger ses souliers sous ses vêtements, vous pouvez opter pour un morceau de cèdre rouge garni d’une anse permettant de le suspendre.
  • Si vous ne pouvez partir sur la solution précédente et que vous posséder un nécessaire à souliers rangé dans une boîte de cèdre rouge, n’hésitez-pas à la placer dans votre penderie. Outre les effets bénéfiques de cette essence de bois, vous aurez à disposition immédiate cirage, palots et crèmes pour bichonner vos compagnons. Je vous conseille en outre de toujours garder votre nécessaire à portée de penderie.
  • Embaumer ses tiroirs, notamment ceux contenant vos mouchoirs en tissu, est toujours agréable. Y déposer des ballotins de lavande séchée emmaillotés dans une toile légère, comme le faisaient autrefois les provençaux, est un moyen naturel et traditionnel d’y parvenir.
  • Il est préférable de dédier une étagère ou un tiroir entier aux pochettes. Elles supportent en effet assez mal d’être pliées (ôtez-les d’ailleurs de votre poche poitrine une fois la veste pendue), il vaut donc mieux les étaler à plat. Il est possible de les arranger en cascade, par couleur et par genre, afin d’avoir une vision d’ensemble.
  • Un tourniquet pour y pendre vos nœuds papillons et cravates peut être pratique.

Se vêtir doit être un bonheur. A ce titre, quelques objets sont incontournables aux alentours de votre penderie ou dans votre pièce dédiée à l’habillement. Le miroir, bien entendu, doit idéalement être long afin d’englober votre silhouette : le pli de votre pantalon, votre col de chemise et la raie tracée sur vos cheveux doivent être visibles. La chaise garnie de tapisserie, voire le fauteuil de cuir, qui permet de s’assoir lorsqu’on enfile ses souliers -bien plus confortable que debout!- sans oublier, bien entendu, le chausse-pieds, sont de précieux alliés. En corne, voire en bakélite, ce dernier être long si vous avez des problèmes de dos. Un cordon de cuir fixé à son extrémité permet de le suspendre à votre penderie. Enfin, une bonne lampe juchée sur un guéridon, une table gigogne ou autre, est primordiale. Elle vous permettra de bien accorder les couleurs de votre mise. Les teintes sont parfois sournoises : seule une lumière vive révèle leur vraie nature et permet d’éviter d’embarrassants impairs.