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Composée en 1830, la Symphonie Fantastique est l’autre grand chef-d’oeuvre de Berlioz, avec Harold en Italie -j’y avais consacré deux billets, aux premier et troisième mouvements. Le compositeur vient alors d’échouer trois fois de suite en tentant de remporter le Prix de Rome, entre 1827 et 1829. Ces déconvenues ne découragèrent heureusement pas son talent.

La Symphonie Fantastique, sous-titrée Épisodes de la vie d’un artiste, est partiellement biographique. La composition est d’un style Romantique très novateur pour l’époque. Dite « à programme », ou « hypocritique », son discours musical s’appuie sur une action réelle ou imaginaire, ou se soumet dans son développement à un modèle littéraire. Son style précurseur est rejeté par le public et la critique, qui peinent à comprendre ce genre précurseur alors que la musique très formelle prévaut. Heureusement, la Symphonie Fantastique trouva ses admirateurs parmi les compositeurs Romantiques de la deuxième moitié du XXème siècle, comme Liszt.

Cette Symphonie à programme est un drame musical intime : elle retrace une histoire amoureuse. Autre innovation : les cinq mouvements sont parcourus par ce que Berlioz nomme une « idée fixe », c’est-à-dire un motif sonore récurrent, et qui symbolise ici la bien-aimée.

Le quatrième mouvement présenté aujourd’hui, et s’intitulant la Marche au Supplice, prend place juste après Un Bal et une Scène aux Champs. Ces deux derniers narrent une agréable soirée dans un grand hall où les convives valsent encore et encore et qu’observe l’artiste, pensif et mélancolique en l’absence de sa douce, puis une promenade champêtre où sa solitude se mue en véritable tourmente. Débordant d’inquiétude quant à la pérennité de son amour, il s’embrume l’esprit d’opium. Il est alors happé dans un épouvantable, terrible et angoissant cauchemar, dans lequel il vient de tuer sa bien-aimée, est capturé par des gardes puis conduit à l’échafaud. C’est la Marche au Supplice.

L’on imagine alors le héros, au crépuscule, encadré par une dizaine de bourreaux, colosses armés de gigantesques haches finement affûtées et aux cagoules noires laissant apparaître des paires d’yeux cruels et des dents gâtés. Rythmés par le corps d’harmonie, ils avancent au pas à travers une foule bruyamment hostile tandis que se dessine, au loin, la terrible silhouette de l’échafaud. Des ombres monstrueuses dansent sur les façades des bâtiments qui bordent la rue et se font plus menaçantes ; elles encadrent progressivement le cortège à mesure qu’il avance et se hâte au rythme d’une marche funèbre marquée par les trombones et les tubas. Sur le point d’être décapité, l’artiste est l’objet d’assourdissantes et d’incessantes moqueries et railleries suraigües du peuple massé autour de la guillotine. « Ô ma douce, qu’ai-je fait ? » se lamente t-il par une idée fixe incarnée par une clarinette timide et pleine de culpabilité. Soudain, c’est le claquement sec tant redouté : le couperet vient de tomber, et sa tête roule sur le sol comme roulent les tambours. Place au cinquième et dernier mouvement, Le Songe d’une Nuit de Sabbat.

Les autres mouvements de cette Symphonie feront sûrement l’objet de futures inspirations.

Je vous souhaite une excellente fin de semaine.