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Sherwood-Bespoke

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La revue littéraire, désormais bimensuelle, est aujourd’hui consacrée à l’ouvrage de James Sherwood (en langue anglaise), Bespoke : The men’s style of Savile Row, publié en 2010. Hasard du calendrier, le nouvel ouvrage de l’auteur, The perfect gentleman : The pursuit of timeless elegance and style in London, vient de paraître, et M. Sherwood était à Paris la semaine passée pour une séance de dédicace.

Retournons à son livre précédent, Bespoke, qui tente de retracer l’Histoire des tailleurs de Savile Row, le Saint des Saints du sur-mesure au Royaume-Uni, mais aussi dans le monde. C’est donc un ouvrage historique, et non technique. James Sherwood a fait le choix de répartir par thème les principaux tailleurs du Row. Ceux habillant, ou ayant habillé les têtes couronnées (Ede & Ravenscroft -présent à Oxford et Cambridge, d’ailleurs-, Henry Poole et Huntsman) ; ceux vêtant les esthètes, de Brummel à aujourd’hui (Davies & Son, Hardy Amies, Mark Powell) ; les tailleurs militaires (Dege & Skinner, Gieves & Hawkes, Norton & Sons) ; les tailleurs des stars d’Hollywood (Anderson & Sheppard, Hayward, Kilgour) ; les nouveaux venus (Ozwald Boateng, Richard Anderson, Richard James) ; et, enfin, ceux qui incarnent le renouveau de Savile Row (Edward Sexton, Spencer Hart, Timothy Everest).

Crédit : James Sherwood

Crédit : James Sherwood

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Crédit : James Sherwood

Ce choix de classification est a priori limitatif et artificiel. En effet, ces tailleurs ne rentrent pas tous aisément dans des cases. Gieves & Hawkes, par exemple, ne produit plus autant d’atours de cérémonie militaire que par le passé. Mais cette manière d’organiser les tailleurs dans la présentation permet de se soustraire à une ennuyeuse et rébarbative lecture purement historique. De plus, l’auteur évite habilement l’écueil soulevé au début de ce paragraphe, puisque son choix de classer les tailleurs par thème n’occulte pas leurs autres activités (comme la confection civile pour Gieves & Hawkes). Pas d’impasse, donc, en ce qui concerne les artisans du Row.

James Sherwood ne se contente pas de broder afin de conter l’Histoire de ces tailleurs, qui peut prendre jusqu’à dix pages par Maison. Ses informations sont denses, précises et documentées. Et pour cause, l’auteur a pu avoir accès aux archives des différentes échoppes de Savile Row : registres, lettres, mandats Royaux… Ces documents sont parfois présentés afin d’illustrer l’Histoire, petite ou grande, d’une Maison.

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Crédit : James Sherwood

Forcément, cette Histoire implique la famille Royale britannique, qui venait y faire confectionner ses habits civils et de cérémonie (portés lors de mariages, couronnements, sacrements, parades…), mais aussi celles d’autres pays européens. Les têtes couronnées sont ainsi indissociables du développement des tailleurs de Mayfair ; il vous faudra de ce fait détenir quelques connaissances historiques et généalogiques des familles Royales britanniques et européennes afin de ne pas perdre le fil. Grande qualité : de nombreux clichés d’époque viennent illustrer le récit. Et, lorsqu’ils viennent à manquer, des photographies des collections actuelles, mais aussi de l’état architectural du Row d’hier et d’aujourd’hui viennent compléter le tout.

Edward VII – Crédit : James Sherwood

De gauche à droite : le futur Edward VIII, puis Duc de Windsor ; George V, son père ; le petit Alexei Tsarevitch ; son père, le Tsar Nicholas II. 1910 – Crédit : James Sherwood

Collection d’Ede and Ravenscroft, 2009 – Crédit : James Sherwood

Autre caractéristique notable de cet ouvrage : traiter aussi bien des Maisons historiques (Henry Poole, Gieves & Hawkes, Welsh & Jefferies…) que des nouveaux venus, véritables trublions de la tradition (Norton & Sons avec Patrick Grant, Ozwald Boateng ou Mark Powell). Ces derniers se revendiquent de l’héritage et du savoir-faire des tailleurs pré-existants, mais s’acoquinent dans le même temps avec la mode et le design. Bien que la présence de tels établissements dans un ouvrage empreint de traditions peut faire bondir, leur présence et savoir-faire en sur-mesure ne peuvent être niés. Ainsi, même si les productions colorées et luisantes d’un Boateng peuvent être jugées esthétiquement affreuses, son expérience en patronage et en coupe, acquise de manière autodidacte, mérite considération ; il en va de même pour Mark Powell, même si le style de ses réalisations, visant à faire ressembler à un gangster du temps de la Grande Dépression, semble bien superficiel. La volonté de James Sherwood de représenter ces nouveaux venus s’incarne véritablement par son choix de confier l’introduction à Tom Ford (auquel j’avais dédié un billet). Cela laisse perplexe, car cette préface arrive comme un cheveu sur la soupe. Sa brièveté n’aurait pas été un handicap si son contenu avait été pertinent. Il ne l’est pas. Tom Ford se borne en effet à dire, en un paragraphe, que Savile Row est la source du style mondial, puis que s’il ne créait pas ses propres lignes, il s’y habillerait.

Après avoir décrit l’Histoire des dix-huit tailleurs principaux de Savile Row et des rues adjacentes, James Sherwood ne clôt pas pour autant son ouvrage. Il nous expose alors, les étapes de la confection d’un costume sur-mesure, ainsi qu’un lexique regroupant les termes techniques. Très instructif, même pour les connaisseurs. Puis, il achève son récit en conseillant quelques bonnes adresses historiques pour tout ce qui touche aux accessoires de l’élégance classique : couvres-chef, cannes, parapluies… Cette rubrique est une transition idéale pour son nouvel ouvrage, paru il y a peu. Une forte cohérence semble lier les différents ouvrages de James Sherwood.

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Voilà donc un bien beau livre, richement illustré et documenté. Une telle somme d’informations a dû nécessiter de nombreux mois, voire des années de recherche dans les archives des différentes maison, de même que de nombreuses interviews. Cet ouvrage mérite de garnir les bibliothèques des néophytes comme des connaisseurs, mais aussi des amoureux d’Histoire.

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