Étiquettes

Chers lecteurs, le billet de ce jour sera consacré à vous présenter et justifier les évolutions de ligne éditoriale du blog. J’ai en effet remarqué, en échangeant avec quelques-uns d’entre vous, qu’une partie de la démarche du blog n’était pas forcément des plus claires. Je vais donc faire preuve de la plus grande transparence afin de justifier mes choix éditoriaux, tout en essayant d’en démontrer la cohérence.

Le contenu proposé sur Le Paradigme de l’Élégance a quelque peu changé depuis l’année précédente. Mes colonnes étaient à l’origine presque exclusivement centrées sur le vêtement, son histoire et la lutte contre le concept de marque. Elles se sont très vite orientées, quoique relativement progressivement, vers l’art de vivre, la culture, les arts et artisanats divers. Le vêtement n’a alors pas disparu des thèmes abordés, mais ne représente en moyenne qu’un article sur trois ou quatre. Cet état de fait se doit d’être expliqué.

Il est tout d’abord bon de rappeler que le blog est un support aux caractéristiques très particulières. Au contraire d’un site internet classique, qui est statique, son contenu est naturellement appelé à évoluer au fil des billets. Un blog peut être une suite de billets sans aucune relation les uns avec les autres. Il peut également être une construction. Les billets se succèdent alors tel un mur que l’on érige : c’est ainsi que j’entrevoie le choix des textes à publier. Chaque texte constitue une pierre permettant d’en apposer de nouvelles. De ces pierres naissent des concepts qui permettent d’offrir un futur appui pour de nouvelles pensées, et ainsi de suite. Il s’agit d’une construction conceptuelle et intellectuelle. Ainsi, mon récent éloge de la rareté n’aurait pas été possible -ou, du moins, pas de cette manière- si l’élégance n’avait pas été définie comme étant aussi une ascèse morale et intellectuelle depuis plus d’un an à présent. La construction que j’évoquais est presque universitaire dans son processus, car cette fondation s’apparente à une dissertation. La densité du contenu croît de manière exponentielle à mesure que l’on s’aventure dans les pages.

Cette édification n’a qu’un seul but : définir, directement ou non, une théorie de l’élégance, afin d’en développer une vision du monde, un ensemble de valeurs. Un paradigme. Chaque billet concourt à en esquisser une partie. Un tableau ne se commence pas dans les détails, et il en va de même pour un blog s’essayant à cette construction intellectuelle. Ainsi, commencer par parler du vêtement semblait être la meilleure porte d’entrée pour aborder un sujet qui le dépasse largement : voilà qui explique la prédominance du vêtement parmi les sujets traités sur le blog les quelques mois suivant sa création. Mais l’habit seul, bien qu’accompagner d’annotations et de quelques réflexions, aurait conduit à un contenu redondant, lassant et bien superficiel.

Afin d’éviter cet écueil, une dimension intellectuelle a très vite été invoquée. Une fois celle-ci pleinement révélée, le concept défendu ici a pris de la hauteur. L’élégance était en effet décrite comme étant conditionnée à la maîtrise des codes sartoriaux, à une certaine culture, à une ouverture d’esprit. J’ai à ce sujet notamment chargé les faux Dandies, de même que les relookers. Ce genre d’éditoriaux permettait également de définir en creux ce que ne constitue pas l’élégance. Une sorte de théologie négative, en somme.

Notons également qu’aborder uniquement, voire en très grande partie, le thème du vêtement, outre les possibles redondances après quelques publications, comportait le risque de verser dans le style. LPDE n’est et n’était pas un blog de style. Celui-ci est toutefois considéré dans le cadre du respect de l’histoire du vêtement et des conventions qui en découlent. Seul, le style est bien trop superficiel.

Sous l’impératif de culture relatif au vêtement se cachait en réalité un but bien plus vaste : ériger la réflexion et l’esprit critique en valeurs cardinales de l’élégance, en faisant l’apologie de l’Intellectuel avec une majuscule. L’élégant en est un : il est curieux, ouvert à toutes les disciplines et fait preuve de discernement. J’ai à ce sujet défini ce qu’il m’apparaissait comme étant son parfait opposé, à savoir le beauf. Quelques billets abordant divers sujets ont commencé à fleurir çà et là, à partir de Février, et illustrent ce dessein de s’ouvrir et de se cultiver. Dans cette optique, j’ai récemment inauguré un premier billet traitant d’expositions et de musées. Depuis plus longtemps, des billets traitant notamment d’économie politique avaient été publiés, critiquant l’utilisation peu réfléchie et à outrance du PIB, ou tançant la finance. Il s’agissait également de billets taclant le panurgisme ambiant, quel qu’il soit, du suivi des marques et des tendances jusqu’aux actions politiques. J’ai toutefois noté que certains contenus, bien que dénués de toute arrière-pensée politique, restent toutefois délicats à aborder par la houle de débats tendus qu’ils amènent. A l’avenir, de tels textes seront écrit avec davantage de doigté.

L’élégance a également été définie, et ce très tôt, notamment lors d’un billet dédié au Chapisme, comme étant une posture éthique : respect humain, rejet de la société de consommation, recherche du bien-être sans que celui-ci soit matériel. Les billets précédemment cités traitant d’économie politique ont là aussi leur cohérence, puisqu’ils défendent l’idée d’une société au sein de laquelle l’argent ne serait plus une valeur, ni une fin en soi. L’atténuation de la perversion qu’il engendre permettrait de se recentrer sur des activités plus saines et plus vraies.

Ces rejets du matérialisme érigé en valeur absolue conduisent logiquement à privilégier le moment vécu plutôt que la possession. L’art de vivre répond à cette problématique, puisqu’il s’attache à valoriser l’immatériel ainsi que son appréciation. Ainsi, la musique classique ou le jazz, la gastronomie, les spiritueux, l’art de se raser ou d’entretenir ses affaires sont autant de sujets qui concourent à dessiner les contours du paradigme de l’élégance en s’opposant au matérialisme.

La beauté est également très importante. Autant que l’art de vivre, même. Elle s’oppose au monde actuel, où bien des choses laides nous font affront et nous irritent. La musique classique en fait preuve là encore, puisque le soin et la méticulosité avec lesquels elle a été écrite la rend magnifique quoi qu’il advienne, son élégance n’a pas à être démontrée ni même cherchée ; l’architecture ou le mobilier sont aussi d’intarissables sources de beauté. Une phrase du premier billet dédié aux tapis persans permet d’illustrer cette idée : « Créer un tel intérieur peut agir comme le meilleur des remontants lorsque, le crépuscule venu, harassés par une journée de labeur et d’assauts multiples de la part d’australopithèques vulgaires et malpolis, nous retrouvons cette oasis de beauté désaltérant et délassant l’esprit« .

Outre la définition du paradigme de l’élégance qui s’esquisse peu à peu, il s’agit bien évidemment, comme vous avez pu le pressentir avec le soucis de « l’oasis de beauté« , est de prendre à contre-pied notre époque. En opposant la lenteur et l’appréciation du présent à « le temps, c’est de l’argent« , l’intemporalité aux tendances, l’éducation à la vulgarité, la culture à la vacuité, le discernement au panurgisme, Le Paradigme de l’Élégance est réactionnaire, puisque les textes qui y sont publiés constituent des réactions relatives à l’état actuel de la société. Mais il n’existe pas uniquement par opposition, le concept d’élégance pouvant être -et est très souvent- déterminé sans antagonisme.

_

Chers lecteurs, j’espère que ces explications vous auront permis d’y voir plus clair quant à la démarche de ce blog. Si ce n’était pas le cas, n’hésitez pas à me poser vos questions. J’espère également avoir pu démontrer la cohérence, l’homogénéité intellectuelle des différents textes que je vous propose chaque semaine. Être cohérent me semble primordial : c’est en effet ce qui est ici théorisé comme étant une valeur cardinale de l’élégance. Or, comment prétendre à cette dernière si la démarche même de recherche du concept d’élégance ne l’est pas ?