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Suite au billet de la semaine dernière dédié à l’histoire du tapis persan, nous allons aujourd’hui en étudier les différents types de tapis et leurs lieux de production privilégiés, les différents procédés de fabrication, et les types de motifs. Il faut tout d’abord différencier deux types de tapis.

Les kilims, tout d’abord, sont les plus simples : ce sont des toiles de laine ou de coton tissés par une alternance de fils de trame et de chaîne, ce qui forme un tapis en fin de compte assez fin. Cette trame est ensuite brodée. Le tissage plutôt élémentaire ne permet que de produire des dessins géométriques. La plupart sont assez grossiers, mais les méthodes de tissage les plus abouties, les mains les plus habiles et les laines les plus fines permettent d’égaler en précision et en détail certains tapis persans.

Les tapis Kilims sont originaires de Perse et du Caucase ; ils sont produits à l’heure actuelle au sud de l’Iran, en Turquie, mais également en Inde et en Chine. Voici quelques exemples de ce type de tapis, allant du tissage le plus simple au plus compliqué. Le troisième et dernier cliché représente un Kilim très évolué. La résolution de la photo vous permettra d’apprécier l’aspect de la toile et des broderies.

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Le tapis persan, ensuite. Couramment qualifié de tapis oriental, son apparence est plus évoluée que celle du Kilim. Ceci est imputable à la méthode de fabrication. Kilim et persan ont en commun la toile de laine ou de coton tissé, mais ne s’en servent pas dans le même but. Le tapis persan est en effet noué, et non brodé : chaque parcelle de fil de trame (verticaux, donc) comprises entre deux fils de chaîne (horizontaux) se voit attacher un fil de laine et, pour les tapis les plus délicats et précieux, de soie. Ces fils s’élèvent alors verticalement. Chacun a alors une teinte différente et formera, à l’échelle du tapis, des motifs. Une fois l’intégralité des nœuds faits, le surplus est coupé -rasé, dit-on- grâce à une paire de ciseaux plats, pour former ce que l’on appelle le velours. Les motifs apparaissent alors clairement.

Il est évident que plus un tapis disposera de nœuds au centimètre carré, plus les dessins qui l’ornent seront précis et complexes. En sus du fil utilisé pour le velours, cest à cette aune que l’on évalue la qualité d’un tapis : 50 nœuds pour ceux de basse qualité, 250 pour un tapis moyen, et jusqu’à 1000 pour les plus précieux ! Imaginez le nombre d’heures de travail nécessaires pour produire de telles œuvres, même les plus simples.

Il existe deux types de nœuds illustrés ci-contre : le turque et le persan, qui sont respectivement symétriques et asymétriques. Sur le schéma, la trame est en vert, et la chaîne en bleu. La méthode perse permet davantage de finesse dans l’exécution des motifs.

Notez également que ces deux méthodes peuvent être réalisées de façon moins complexe, lorsque l’artisan ne fait un nœud que sur un seul fil de trame, et non deux. Ceci permet de réaliser plus vite le tapis, mais au détriment de la qualité.

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Le dos d’un tapis permet de se rendre compte du travail en terme de nœuds effectués. Il est lui aussi coloré, car étant l’assemblage des fils dessinant les motifs de surface.

Pour un nœud sur le dessus du tapis, qu’il soit turque ou perse, ce dernier en comptera deux de même couleur en-dessous, comme ci-contre. Cependant, les tapis possédant des fils de trame ne se situant pas dans le même plan au sein de la structure ne montrent qu’un seul nœud de part et d’autre. Le deuxième nœud de base est en effet « caché » dans l’épaisseur du tapis.

S’il est possible de réaliser des tapis de manière plus ou moins industrielle, les productions n’ont, mis à part l’apparence, rien à voir avec les réalisations artisanales. Ces derniers tiennent par exemple grâce à la lisière tissée à chaque extrémité du tapis, là où sont les franges, ce qui permet de garantir l’intégrité du tapis. La méthode industrielle est telle qu’elle ne noue pas réellement les tapis. De fait, la lisière est dispensable ; elle est toutefois couramment rajoutée, et est en cela un ornement qui tient plus de l’imitation superficielle que d’une nécessité.

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Différents types de motif viennent orner les tapis persans, et s’organisent autour de schémas récurrents, notamment un médaillon central et des bordures contenant des frises.

Voici les principaux motifs que l’on peut rencontrer sur les tapis persans :

L’hérati est composé d’une fleur encadrée d’un losange, entourés de quatre feuilles d’acanthe.

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Le boteh est très connu des élégants, puisqu’il s’agit de ce que nous appelons le motif cachemire, et que les britanniques surnomment paisley pattern. Il représente un cyprès, et a une origine à la fois persane et indienne.

Le Shah Abbasi sont des motifs mis au point sous le règne d’Abbas Ier le Grand (1571 – 1629), cité dans le premier volet de ce billet. Ils représentent principalement des fleurs, des lotus, des palmes, le tout enrichi par des arabesques. De tels motifs nécessitant une grande netteté, il faut donc davantage de nœuds.

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Le tapis persan est aujourd’hui fabriqué principalement en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Ouzbekistan, mais aussi et surtout en Afghanistan et en Iran. Du XVIème au XVIIème siècle, les tapis étaient principalement produits en Perse, à la fois en Iran (Tabriz au nord ouest ; Kerman au sud est ; Kashan dans la région médiane) ou en Afghanistan actuel (à l’ouest, dans la ville d’Hérat, deuxième plus grande ville du pays). Les femmes au foyer sont, en volume, les principales productrices de tapis, car cela leur fournit un complément de revenus non négligeable, et permet de travailler chez elles tout en s’occupant de leur maisonnée. Il existe bien entendu des manufactures qui rassemblent des artisans. Les tapis qui y sont produits sont généralement de meilleure qualité, et sont destinés à l’export.

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Pour terminer ce billet, voici quelques tapis d’une beauté époustouflante. Essayez de voir si vous pouvez repérer certains des motifs décrits ci-dessus !

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