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Il y a un mois, j’avais déjà evoqué cette excellente série télévisée britannique qu’est Downton Abbey, en mettant en lumiere une Norfolk jacket qui y était arborée. A cette occasion, j’avais promis de lui dédier un billet. Le voici.

La série est un drame narrant l’histoire fictionnelle d’une famille de la noblesse anglaise, les Crawley, dans leur chateau de Downton Abbey (lui aussi fictionnel), et dirigeant la ville adjacente de Downton, tous situés au Yorkshire. Il y a à l’heure actuelle une première saison de sept episodes, et une deuxième de huit, chacun d’une durée d’une cinquantaine de minutes.

Highclere Castle, au Hampshire, fait office de château de Downton Abbey

Tout commence par un tragique évènement : le naufrage inattendu du Titanic, en avril 1912. Les Crawley de Downton Abbey apprennent que leur cousin Patrick, héritier presomptif au titre de comte, était présent sur le célèbre paquebot, et qu’il n’a pas été retrouvé parmi les survivants. Celui qui etait donc censé prendre la tête du comté à la suite de Robert Crawley, l’actuel comte de Grantham, est sûrement décédé ! Les certitudes si établies de la famille sont bouleversées, puisque c’est un lointain cousin, parfait inconnu, qui est second sur la liste de succession. Il héritera des terres ainsi que de la fortune qui y est rattachée. Ce tout nouvel héritier est Mathew, avocat issu de la upper-middle class. Le choc culturel entre la noblesse très conservatrice que constitue les Crawley de Downton Abbey et la branche laborieuse, quoiqu’aisée, dont est issue Mathew, est inévitable.

Voici, pour résumer, l’intrigue telle qu’elle se présente au cours des deux premiers épisodes, ce qui pose les bases de nombreux autres développements et intrigues paralleles dans les suivants.

La réussite la plus évidente de Downton Abbey sont les décors et les costumes. Les paysages présentés sont absolument magnifiques : les rues du village et ses chaumières (qui est en réalité Brampton, un village de l’Oxfordshire), les jardins du château, ses salles communes et halls, ses chambres (qui sont de réelles pièces du château de Highclere), les quartiers du personnel (ces deux derniers étant reproduits en studio).

Les costumes également : ils ont fait l’objet d’une attention toute particulière, et c’est un délice de voir que la realité Historique a été en tous points respectée. Les valets sont ainsi en livrée, les femmes de chambre portent toutes un chignon et un tablier de coton blanc garni de dentelle comme c’etait l’usage, tandis que les deux chefs de rang, Ms. Hughes et Mr. Carson, portent un habit différent qui montre leur statut.

Ms. Hughes (droite) ; Anna, responsable des femmes de chambre (milieu)

M. Carson, bouteiller (gauche) ; William, valet de pied (droite)

La famille Crawley est également très bien costumée. Les filles de Lord Grantham, Mary, Edith et Sybil, ainsi que leur mère Cora, et leur grand-mère, la contesse douairière, portent toutes de somptueuses robes. Dans la deuxième saison, qui se deroule à l’aube des années folles, on pourra également apercevoir Lady Sybil portant une robe et un chapeau typiques de cette époque. Les hommes ne sont pas en reste : non seulement les mises sont agréables à l’oeil, mais elles respectent surtout la réalité historique. En effet, chaque vêtement a son fonction comme cela était d’usage à l’epoque, dans le pur respect des traditions et des règles sartoriales. En cela, chacun est arboré lors de moments spécifiques (promenade dans la campagne environnante ou au village, journée, dîner…), le tout porté, bien évidemment, avec un stiff collar.

Les filles de Lord Grantham – Lady Sybil, Lady mary, Lady Edith

Lord Grantham (troisième en partant de la gauche) portant un pantalon breek, chaussettes de chasse en laine, bottes, Fedora brun, veste de tweed ; Mathew Crawley (droite) avec une Norfolk jacket, breek, casquette de tweed « 8-pieces »

De gauche à droite : Cora Crawley (femme de Lord Grantham) ; la Très Honorable Violet Crawley, contesse douairière de Grantham (mère de lord Grantham) ; les filles de Lord Grantham ; Isobel Crawley, mère de mathew Crawley

Lord Grantham et Mathew Crawley, vêtus d’un habit, gilet et noeud papillon en coton Marciella, chemise amidonnée à col cassé

La cohérence Historique des mises ravira les amoureux de l’elegance.

Ce qui les ravira également est la profondeur des intrigues et le travail faits sur les personnages. Point de dichotomisme primaire : ces derniers ne sont absolument pas enfermés dans le schéma Hollywoodien typique où les « méchants » s’opposent aux « gentils ». Loin des clichés navrants livrés par les blockbusters, Downton Abbey est un veritable kaléidoscope de l’âme humaine en nous en présentant toutes les facettes. De fait, tous cles personnages deviennent attachants :

L’altruiste, magnanime et noble Robert Crawley, Comte de Grantham.

L’héroïque Mr. Bates.

L’austere mais bon Mr. Carson.

Le perfide mais triste Thomas.

La froide mais toutefois sensible Mary, Edith la laissée pour compte, Sybil la féministe aventureuse.

La très conservatrice Comtesse de Grantham (campée par une Maggie Smith absolument parfaite dans son rôle) qui apprend à vivre avec son temps.

Mathew, l’apprenti noble.

Branson, le chauffeur révolutionnaire.

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Comme vous avez pu le constater précédemment à travers les photos et les descriptions, Downton Abbey ne narre pas que l’histoire des nobles, mais aussi celle du personnel de maison. Le fait de filmer à parts égales deux mondes permet de donner un point de vue très intéressant, et plutôt unique. L’on se rend alors compte qu’une maisonnée de cinq nobles désirant avoir un certain train de vie nécessite trois fois plus de domestiques que de résidants ; et de l’aspiration du personnel à se défaire de leur position actuelle pour gravir les echelons sociaux dans une Angleterre d’alors dont le conservatisme rendait toute progression sociale presque impossible. En parallèle, la série met en scene avec vérité l’evolution de l’aristocratie anglaise, de ses statuts, de ses moeurs, de ses devoirs. De plus, de nombreux évènements historiques sont mélés avec justesse aux intrigues, ce qui permet de parfois oublier que l’on a à faire à une fiction.

La précision historique se manifeste egalement dans la description des relations entre le personnel de maison et les maîtres. Elles sont tres hiérarchisées, codifiées, et ce même -et surtout !- au sein des domestiques. Il est intéressant de noter que tous sont fiers de la maison qui les emploie, et sont de farouches défenseurs de l’honneur et de la dignité de leurs maîtres.

Mais la plus grande particularité de Downton Abbey est son engagement, ses partis pris. Tout se passe comme si Julian Fellowes, le principal créateur de la série, avait voulu défendre sa vision d’une Angleterre conservatrice, fière de ses traditions, et dans laquelle chaque individu a son utilité, son rôle à jouer, sa place, les aristocrates comme les domestiques, et loue cette conception de la société. Cette conception, c’est justement celle du conservatisme politique en Angleterre, presque diamétralement opposée à celle, française, de l’égalite sociale, de par son héritage Révolutionnaire.

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La beauté des decors et des costumes, le soucis des détails et de la précision historique, mais aussi la profondeur des messages véhiculés, le travail sur les personnages mis en avant par de très bons jeux d’acteur permet à Downton Abbey de bénéficier d’une très grande profondeur, d’étre en tous points cohérente et intéressante. Le seul véritable bémol touche à la fluidite de la mise en scène, du fait de transitions saccadées entre un plan et le suivant. Mais cela n’altère que très peu le plaisir de regarder cette série.

L’élégance de ce divertissement ne tient pas seulement de ses décors, paysages et costumes, mais réelement de sa très forte cohérence. Cette derniere contraste fortement avec l’immense majorité des superficielles et insipides series télévisées diffusées de nos jours. Et c’est tant mieux !