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Ce mois-ci, c’est Rules for my Unborn Son (Règles pour mon futur fils), écrit par Walker Lamond en langue anglaise (tous les passages cités en français sont traduits par mes soins) et publié en 2009 aux éditions St. Martin’s Griffin, New York, qui fera l’objet de la revue. Cette dernière sera d’ailleurs relativement courte, tout comme l’ouvrage. En effet, c’est un simple recueil de citations, et l’adjectif littéraire est encore moins approprié que d’ordinaire.

L’introduction nous permet de nous faire une idée sur la nature de ces fameuses citations. L’auteur nous explique ainsi qu’il dédie ce livre à son futur fils dans lequel il trouvera les règles que son père lui a inculqué, règles qu’il tenait lui-même de son père, et ce jusqu’à plusieurs générations. Il s’agit de règles sartoriales, mais aussi de politesse, de galanterie, de comportement en société, de principes éthiques, et quelques conseils pour vivre heureux. La citation se mue alors en adage.

Walker Lamond regrette profondément que les règles aient perdu de leur splendeur et, sans la nommer, il fait certainement référence à la période de la fin des années 1960 durant laquelle l’autorité parentale fut remise en question, et où les usages et convenances, y compris sartoriales, furent jetés aux orties. « Les règles étaient perçues comme des carcans barrant la route à l’individualisme et au progrès. Les barbiers furent ignorés, et les cravates remisées« , note t-il avec lucidité. Selon lui, point de rigidité dans les règles, bien au contraire ! « Mon père comprit qu’un homme de caractère, fier de son apparence et de ses manières, est celui qui profite le plus de sa vie« .

Petit détail notable : les feuilles de gardes représentent un détail de plan de ville ancien, probablement du XVIII ou XIXème siècle. Le tracé rectiligne des rues est caractéristique de celui des villes américaines, car construites ex nihilo. Un plan de cette époque fait penser de prime abord à celui de Washington D.C., dessiné par l’architecte français Pierre-Charles L’Enfant, dont la station de métro L’Enfant Plaza permet de se souvenir. Cela ferait sens : s’il y a bien une ville construite selon les canons architecturaux néo-classiques, c’est bien Washington ; sans compter la présence d’institutions politiques et économiques fédérales et internationales qui en font la cité la plus intellectuelle et traditionnelle des États-Unis. Mais à y regarder de plus près, l’on s’aperçoit très vite qu’il s’agit en fait de la ville de New-York, presque opposée à Washington en terme de valeurs. Ce détail n’a qu’une valeur symbolique, mais le plan de D.C. aurait selon moi été plus cohérent que celui de la Nouvelle York.

Passons à présent aux citations. Elles sont pour la plupart anonymes, mais certaines sont empruntées à des noms célèbres, comme John Fitzgerald Kennedy, Thomas Jefferson, Ernest Hemingway, Abraham Lincoln ou Winston Churchill. Nous avons là, à l’exception de ce dernier, une sorte de Panthéon américain, ce qui n’est pas surprenant vu la nationalité de l’auteur. En voici un florilège, que l’auteur soit connu ou non :

« Le jeune homme connait les règles, mais le vieil homme connait les exceptions » – Oliver Wendell Holmes, Sr.

« La philanthropie ne se mesure pas en monnaie sonnante et trébuchante« 

« Jardine« 

« Rappelle toi que la fille avec qui tu es est la sœur de quelqu’un. Et ce quelqu’un peut très bien te botter les fesses« 

« Apprends à nouer un nœud papillon« 

« Renseigne-toi avant de voter« 

« En descendant du bus, remercie le chauffeur« 

« Laisse ta place aux dames, quel que soit leur âge« 

« Ne perds pas ton sang froid, surtout au travail« 

« Un monsieur je-sais-tout n’est jamais apprécié« 

« Invite ta mère à danser« , et, dans le même genre, « N’éconduis jamais une fille qui t’invite à danser« 

« Si tu méconnais l’Histoire, elle te méconnaitra en retour« 

« Aies un costume de flanelle« 

« Klaxonner ne te fera pas aller plus vite« 

« Lis le journal tous les jours« 

De plus, de sympathiques illustrations et photographies des années 1940 à 1950 viennent étoffer les nombreux adages.

Si l’on peut critiquer ce recueil, c’est principalement du fait de sa propension à se complaire dans un certain idéal de l’Amérique des années 1950 à 1960, avec une sur-utilisation et sur-glorification de ses symboles et de son idéal -l’American Way of Life- qui sont parfois très stéréotypés. La vision du gentleman que semble avoir l’auteur est très certainement influencée par le cinéma Hollywoodien. De plus, les références culturelles sont exclusivement américaines, à propos des Grands Noms -ce que je qualifiais plus tôt de Panthéon-, des coutumes et des sports -le Baseball par exemple.

Mais qu’importe le cliché. Si, à titre personnel, je ne suis pas un grand amateur d’adages ou de citations, je dois reconnaître que l’idée de les dédier à son enfant est excellente. Le livre permet d’aider à réinstituer la transmission de l’héritage culturel entre père et fils en lui donnant un support. Et c’est une chose qui me plait forcément, puisque j’en suis un fervent défenseur. L’ouvrage, malgré ses défauts, est une bonne idée de ce qu’un père peut lire à son fils afin qu’il lui transmette son savoir : vêtements, style, éthique, règles de politesse…de beaux moments de complicité en perspective !

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