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J’avais déjà choisi il y a quelques mois de vous présenter certaines collections de Tom Ford, en suivant l’idée qu’avoir l’esprit ouvert peut amener à faire de belles découvertes. Cette fois-ci, ce sera Kiton dont les mises seront présentées. Bien plus sage que le trublion Tom Ford, cette enseigne italienne fut créée en 1968 à Naples. Elle adopta l’épaule typique de cette dernière, peut-être afin de se démarquer de l’autre géant italien, Brioni.

Quelques mots sur l’entreprise, avant de commencer. Ses prix en prêt-à-porter sont réputés pour être parmi les plus chers du marché, c’est-à-dire entre 4.000 et 6.000 euros. Kiton se justifie en évoquant l’extraordinaire qualité et la rareté des matériaux employés, ainsi que la fabrication main des produits. Au vu de ce dernier critère, et désireuse de disposer de nouveaux tailleurs dans un contexte de pénurie de vocation, l’entreprise a ouvert en 2001 une école de tailleur au sein même de son usine.

Cependant, le caractère entièrement fait main des atours produits peut être remis en question. En effet, le blogueur Jeffery Diduch, de Made by Hand, avait par exemple remarqué que la doublure des vestes est cousue à la machine, et non à la main. Par ailleurs, on peut légitimement remettre en question la qualité au regard des prix astronomiques pratiqués par l’enseigne.

Ceci étant dit, il ne sera pas ici question de la qualité des produits, n’ayant pu constater de mes propres yeux si mes doutes sont fondés. Il sera au contraire question de l’apparence des mises arrangées par l’enseigne, et d’y faire le tri !

Hélas, les mises présentées ne sont pas antérieures à 2010, car Kiton ne garde uniquement en ligne que les collections de l’année en cours. La revue est donc fortement biaisée, mais il n’est pas seulement question de comparaisons. Les tenues présentées en 2010 (automne/hiver) m’avaient laissé un excellent souvenir. Les voici, d’ailleurs :

Ce qui frappe de prime abord ? L’abondance de motifs. Les plus conservateurs d’entre vous pourraient juger cela excessif : certes, mais le résultat est de manière inattendue extrêmement sobre et très réussi, malgré l’audace des mélanges. Les motifs, comme à l’accoutumée, peuvent être combinés du moment qu’ils ne sont pas de la même taille. Mais cette théorie ne suffit pas : il faut s’en remettre le plus souvent au jugement direct de son œil, et donc de son goût. En la matière, Kiton a fait fort en 2010, puisque l’intégralité des mises présentées ont fait un sans-faute de ce point de vue. L’audace à laquelle je faisais référence consiste à associer des motifs généralement peu accoutumés à l’être : des pois avec des carreaux vichy ou tartan, veste à carreaux vichy ou tartan avec cravate club et chemise à rayures pyjama, et ainsi de suite, qui combinent jusqu’à quatre motifs différents en comptant la pochette.

Les couleurs étonnent également. Là encore, on peut aimer ou ne pas aimer, mais c’est pour ma part une réussite. Prises individuellement, elles sont pour la plupart horribles : marron chocolat, bleu céruléen, turquoise ou fuchsia. D’autres, en revanche, sont généralement peu employés pour agrémenter le vestiaire masculin en prêt-à-porter, et sont très agréables à l’œil, comme le rouge framboise ou le vert pistache. Ce qui semblait être un pari fou ne l’était pas, puisque les couleurs se marient à merveille grâce, en grande partie, à leur complémentarité.

Quant au respect des règles sartoriales, il n’en est évidemment qu’extrêmement peu question, le style italien en étant un fervent transgresseur, et ici pour le meilleur. Seule l’esthétique compte, et cela constitue un excellent rafraichissement créatif même si le savoir sartorial de Ciro Paone, le créateur de Kiton, ainsi que de ses directeurs artistiques, n’est pas certain. Notons ainsi, entre autres, que les crans sport sont taillés un peu trop haut, ou la présence de poches plaquées sur une veste croisée.

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Cependant, si la collection 2010 est réussie, ce n’est pas le cas de celle, automne/hiver, de 2011/2012. Voyez plutôt ci-dessous :

Les photos de cette collection presentees ici sont bien plus larges dans leur version originale, sur le site internet de Kiton. En réalité, l’homme arborant la mise n’occupe qu’une infime partie de son espace, reléguant les vêtements au second plan, le reste étant occupé par…des œuvres d’art abstrait. A l’inverse, la collection de 2010 ne se concentrait que sur les atours, sans même chercher à inclure la tête dans les photographies. Et elle était certes mise en scène, mais de manière bien plus discrète. C’est une rupture totale, comme si l’enseigne souhaitait soudainement se muer…en ‘marque’, travaillant ici un univers léché et arty. Généralement, lorsqu’une enseigne développe un univers autour de ses produits, ce sont ces derniers qui en pâtissent.

Je n’ai cependant pas, comme je l’ai déjà dit, vocation à traiter de la qualité du vêtement, mais seulement de l’esthétique des mises. Ici, en l’occurrence, les mariages de motifs sont beaucoup moins fréquents et, lorsqu’ils sont effectivement effectués, sont bien moins heureux qu’en 2010. Prenez par exemple la dernière photographie présentée : les carreaux vichy sont brouillons lorsqu’ils sont associés à cette veste mi-vichy, mi-check, et les differentes couleurs ne font pas vraiment bon menage. Par ailleurs, Kiton ne semble pas vraiment être au point sur la longueur des cravates -parfois trop longues, parfois trop courtes-, ni sur celle des vestes et des pantalons qui, pour le coup, sont uniquement trop courts. A la décharge de cette collection, celle de 2010 ne permettait pas d’apprécier la longueur des vestes. Les cravates, toujours elles, sont pour la plupart satinées, ce que je trouve bien clinquant. Par ailleurs, la collection 2011 est bien plus décontractée, au sens moderne du terme, que la précédente. J’entends par là que la décontraction ne se fait pas par l’utilisation d’une veste et d’un pantalon dépareillés, mais par celle de pantalons cargo, de jeans ou de souliers de sport de salle.

L’approche totalement différente de style et de présentation des mises entre ces deux années n’indique aucune stabilité stylistique, comme si l’enseigne se cherchait toujours après quelques 44 ans d’existence. La véritable élégance classique n’est-elle pas celle qui sait changer tout en restant la même ? Un paradoxe d’autant plus rare qu’il est difficile de se maintenir en un tel état, constamment sur le fil, dans une société où les cycles de consommation et de mode sont de plus en plus courts. En attendant, nous pouvons toujours tirer çà et là nombre d’inspirations, voire même certains détails intéressants dans des mises ne présentant pas d’intérêt si considérée dans son ensemble.

Pour conclure, ces deux collections faisant partie des saisons automne/hiver donnent un d’excellentes pistes et idées pour aborder avec créativité le business suit qui est trop souvent terne, pour peu que votre profession vous le permette !

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