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Ce mois-ci, c’est Take Ivy dont je m’emploierai à vous livrer une critique. Cet ouvrage est une véritable légende pour tous les férus de style Preppy & Ivy. Et pour cause ! Publié à l’origine en 1965 au Japon -en japonais- par Hachette Fujinghao, il fut bien vite introuvable. Ce ne fut qu’en août 2010 que le livre fut réimprimé par Powerhouse Books, dans la langue de Shakespeare cette fois. Une telle absence, ainsi que la qualité de l’ouvrage, ne firent que nourrir le mythe. Cette qualité, nous la devons à quatre japonais : un photographe -Teruyoshi Hayashida-, et trois rédacteurs -Shosuke Ishizu, Toshiyuki Kurosu, Hajime Hasegawa. En visite dans les huit prestigieuses Universités de la Ivy League (auxquelles correspondent les huit amoiries sur la couverture du livre) au début des années 60, ils cherchaient à connaître les styles vestimentaires des étudiants sur leurs campus, ainsi que, plus globalement, leur mode de vie, suite à un engouement à cette égard par les Baby Boomers japonais. Take Ivy fut le résultat de leur voyage de l’autre côté du Pacifique.

Take Ivy. Derrière ce nom plutôt mystérieux se cache en réalité un heureux mariage. Celui, vous l’aurez deviné, du mot Ivy -lierre en anglais-, de Ivy League, qui désigne les plantes grimpantes s’accaparant les façades des Universités les plus illustres ; et celui de Take, de Take Five, un morceau de Jazz écrit par le Jazzman Paul Desmond, et joué par The Dave Brubeck Quartet en 1959 dans un de leurs albums. Le Jazz, à l’instar du style Ivy, était admiré par les jeunes japonais de l’époque. Ce morceau en particulier illustre admirablement bien l’idée que l’on se fait du mode de vie chez les Ivy Leaguers : calme, doux, suave, élégant, mais pourtant rythmé et intense. Voici donc Take Five joué en 1964 et qui, au demeurant, accompagnera à merveille les photos de l’ouvrage qui vont suivre :

Le livre est relativement petit. Il est également court : 137 pages seulement, contenant en très grande majorité des photos accompagnées de leur légende. Comment diable les quatre japonais peuvent-ils prétendre réussir à dépeindre un mode de vie sur un si petit espace, et avec pour principal support des clichés, me direz-vous ? Et bien, ils l’ont fait, grâce à un savant agencement de photographies et de légendes les accompagnants. En parcourant l’ouvrage, l’on se plonge dans un univers qui est dépeint par touches, tel un tableau Impressionniste, chaque page esquissant une scène en réalité bien plus vaste que ce que l’on peut imaginer de prime abord. Cette scène commence par aborder la vie sur les Campus : bibliothèques, moyens de locomotions, réfectoires, villes voisines ainsi que leurs commerces, mais aussi les rendez-vous galants et les instant plus difficiles, comme les examens, y sont décrits.

Crédit : Take Ivy - T. Hayashida

Crédit : Take Ivy - T. Hayashida

Puis, le contenu se concentre davantage sur les mises de style Preppy & Ivy dans un second chapitre. Les auteurs dissèquent alors les habitudes des étudiants : leur façon d’arborer des letterman, d’assembler les couleurs et les emblèmes de leur école, le port des chemises à button-down collar et d’atours en coton Madras. L’on remarque alors un soucis d’élégance, mais surtout de style, dans une Amérique alors très conservatrice en ce qui concerne le vêtement.

Crédit : Take Ivy - T. Hayashida

Crédit : Take Ivy - T. Hayashida

Un troisième chapitre s’ouvre ensuite, dans lequel Hayashida et ses compagnons nous emmènent découvrir l’influence des styles Preppy et Ivy au delà des frontières des Campus. Des enseignes telles que Brooks Brothers ou J. Press sont photographiées, de même que leurs vitrines,

Take Ivy est bien plus qu’une collection de photos de mises d’époque. C’est un ouvrage permettant d’apprécier l’état d’esprit des étudiants, leur environnement, leurs contraintes, leurs passes temps. Leur mode de vie, en somme. Cette caractéristique permet de donner un contexte, et donc un sens, à ce que l’on voit. Concrètement, ceci nous permet de nous rendre compte, si cela était nécessaire, qu’il s’agit là d’une élite intellectuelle -parfois sportive- soumise à une forte pression scolaire, et de rentrer dans son univers.

Je reste cependant réservé sur la majorité des photographies. Elles ont en effet été presque toutes prises, semble t-il, au début de la période estivale. De fait, les atours arborés sont adaptés à un temps clément, voire franchement chaud. Ainsi, les mises arborées, très légères, correspondraient plus au style Preppy qu’au style Ivy (je m’étais d’ailleurs essayé à les distinguer il y a plusieurs mois). De mon point de vue, Take Ivy ne propose qu’une vision incomplète des mises de l’époque. En effet, des clichés pris en plein hiver auraient peut être mis en exergue des flanelles, que l’on ne retrouve pas dans l’ouvrage, ou des tweeds, que l’on rencontre très peu.

Crédit : Take Ivy - T. Hayashida

Dernier point : ayant été écrit la même année que la prise des photographies, et ce par des japonais, donc relativement étrangers à la culture Américaine, ce livre est de facto un document unique. Il nous permet de nous défaire des mythes et des préjugés construits autour des styles Preppy et Ivy, depuis lors largement travestis par le paradigme de la mode.

Pour conclure, Take Ivy est un excellent ouvrage qui est bien plus qu’une succession de photographies. C’est une invitation à partager le quotidien de l’élite de la nation Américaine des années 1960, y compris et surtout leurs habitudes vestimentaires. A l’amoureux de l’élégance, l’ouvrage fera un excellent document historique, voire parfois une belle source d’inspiration. Au passionné de style Preppy & Ivy, il sera un compagnon indispensable. Il faudra toutefois garder à l’esprit que les mises présentées peuvent ne représenter qu’une partie de celles généralement arborées à l’époque par les étudiants de la Ivy League.