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Ah, les friperies. Ces fameux endroits où l’on peut trouver des vêtements, souliers et couvres-chef de seconde main. Paradoxalement, la société d’hyper-consommation nous fait là un très beau présent : en succombant au paradigme de la mode, elle rejette tout ce qui est vieux et qu’elle juge démodé, les traitant tels d’infâmes rebuts. Heureusement, certaines pièces sont récupérées par les friperies qui, souvent malgré elles, sauvegardent notre patrimoine vestimentaire. En effet, elles rachètent à des associations caritatives les pièces appartenant autrefois à d’élégants messieurs, pour la plupart aisés. Parfois, elles chinent directement dans de vieux stocks de magasin. Et ce sont précisément ces pièces que tout élégant récupèrera avec plaisir ! Certaines sont de véritables pépites : le fait d’avoir été portées par de vieux messieurs est la preuve même de leur classicisme, sinon de leur intemporalité ; de plus, ces personnes font partie d’une génération pour qui un vêtement durait des décennies : la preuve, leurs vêtements leur survivent ; et, encore mieux, certaines sont des pièces de grande mesure. Intemporalité, qualité, durabilité : autant de raisons, donc, d’aller fureter dans les friperies à la recherches de perles rares dont personne ne veut.

Bien entendu, les pièces que l’on trouve dans ces échoppes sont loin de toutes comporter les caractéristiques mentionnées ci-dessus. Et encore, c’est un euphémisme ! Les plus belles sont noyées sous un océan de joggings d’épais polyester aux couleurs fluo, de chemises aux cols pelle à tarte aux motifs douteux, de souliers dont la forme tient bien plus des chausses de lutin que de la chaussure anglaise… Il y a de tout. Mais l’intérêt d’une friperie vient aussi de cet aspect. Tout est pêle-mêle, et malgré la volonté du tenancier d’ordonner le tout, cela reste inexorablement sans dessus dessous : l’on se sent alors l’âme d’un aventurier, d’un archéologue des temps moderne à la recherche de reliques perdues, ou d’un géologue analysant des strates de roches datant d’il y a fort longtemps. Ici, point de machette pour trancher des lianes, mais des mains pour écarter cintres et piles de vêtements.

Les pièces que l’on est susceptibles de croiser sont nombreuses : costumes, habits, smoking, gilets croisés ou droits à revers, blazers, tricots (cardigans), chemises, pantalons (chinos, pantalons de flanelle…), cravates (en laine, régimentales, de chasse…), nœuds papillon (non pré-noués, bien entendu), manteaux, imperméables (d’authentiques Aquascutum, ou Burberry datant d’avant le déclin qualitatif, certains ayant même une doublure amovible en laine), souliers, couvres-chef (fedoras, deerstalker, casquettes de tweed…)…la liste est longue. Il est aussi intéressant de trouver des pièces d’absolument toutes les époques. Un oeil aguerri peut en estimer l’époque de fabrication : c’est alors une véritable remontée de l’historie du style qui s’opère.

Voici quelques pièces que j’ai pu dénicher : entre autres, ce chapeau de tweed (premier cliché), cette veste à motifs plaid datant des années 1970 (deuxième cliché), et ce nœud papillon (troisième cliché), que vous avez déjà pu apercevoir il y a quelques mois.

© Le Paradigme de l'Elegance

© Le Paradigme de l'Elegance

© Le Paradigme de l'Elegance

Comme je vous le disais un peu plus haut, l’on peut trouver des atours à la qualité certaine. Les vestes et les manteaux de tweed en sont l’exemple même, puisque la longévité de cette laine est incroyable. C’est à mon avis les pièces à chercher en priorité, car seule la doublure sera à changer si le vêtement est endommagé. Quant à la taille des pièces, seule la chance peut fournir le salut. La contrepartie du fait que moult habits soient en mesure est qu’il est fort peu probable que cela aille du premier coup. Mais, dans la plupart des cas, l’intervention d’un excellent retoucheur peu résoudre bien des problèmes.

Chiner dans une friperie peu cependant soulever quelques interrogations, voire des points noirs. Premièrement, est-il légitime d’acquérir des vêtements patinés par le temps, sans que ceci soit de notre fait ? J’avais soutenu il y a quelques temps le fait qu’une patine ne doit pas être feinte (Usurpation d’usure). Ici, point d’artifice, puisque c’est bien le temps qui a fait son office. Point de honte à avoir, donc, puisqu’il en irait de même si votre père ou votre grand-père vous faisait don d’un de leurs vêtements ayant visiblement vécu. Il appartient ensuite à chacun de se les approprier en les portant, et en continuant le long processus de vieillissement -que dis-je !- d’embellissement. Certaines pièces sont même très abimées : seule une restauration -raccommodage, cirage…- pourra leur donner un second souffle. Ceci établit des liens uniques avec l’objet que l’on manipule, puis que l’on porte.

Autre point : il peut être considéré comme dégradant de ne pas être le premier et unique propriétaire d’un vêtement ; d’autre part, les vêtements mis en vente ne sont pas forcément lavés au préalable. Ceci dépend de la sensibilité de chacun : certains ne veulent absolument pas acquérir de vêtement de seconde main car ils trouvent ceci sale ; d’autres supportent certains vêtements, mais pas d’autres qu’ils jugent trop intimes, comme les souliers ou les chemises ; d’autres enfin ne se posent même pas la question. Dans tous les cas, un nettoyage à sec (chez un pressing, ou par un tailleur) est recommandé, et est amplement suffisant. Enfin, certain trouvent dégradant d’acheter un vêtement d’occasion. Sachant que la motivation du chineur n’est point d’économiser mais de dénicher, cette objection ne me semble pas pertinente.

Finalement, s’engouffrer dans une friperie est une aventure des plus émouvantes. Comment ne pas être bouleversé devant tant de vêtements ayant un passé, un vécu ? Les manches élimées et les semelles râpées en disent long sur leur histoire. En vérité, ces habits ont une âme, et qu’il est malheureux de les voir perdus, abandonnés, si loin de leur ancien propriétaire ! Ils sont pourtant là, encore vaillants et fringants, prêts pour une deuxième vie. Voire bien plus si l’on est soigneux. A nous de continuer l’histoire là où elle s’est arrêtée.

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Voici quelques adresses et lieux où l’on peut trouver de belles pièces :

  • A l’élégance d’autrefois : 5 rue du Pas de la Mule, 75004 Paris. Cette minuscule boutique s’adresse plutôt aux collectionneurs, puisqu’on y trouve surtout des vêtements et couvres-chef de la fin du XIXème siècle. Ainsi, même des guêtres (!) sont à la vente. La collection de cravates, plutôt années 1940 à 1970, est assez imposante. Il y a également une poignée de souliers et de costumes Et, chose assez rare pour le mentionner, quelques nœuds papillon sont disponibles. Le tenancier est un passionné, et partage volontiers son savoir. Les prix sont globalement très élevés : c’est la contrepartie pour acquérir des pièces de collection, même si certaines sont totalement surannées.
  • Episode, 12 rue Tiquetonne, 75002 Paris. Vous pourrez y trouver une très importante collection de couvres-chef, pour la plupart des feutres. Vous pourrez également trouver des pochettes, des cartables et des sacs, mais aussi des pantalons (velours côtelés, chino) ainsi que des imperméables. Les prix sont vraiment très bas.
  • Come on Eileen, 18, rue des Talandiers, 75011 Paris. On y trouve des couvres-chefs en tweed (deerstalker, casquette…), des imperméables, une très grand collection de manteau en tweed, des lainages, des costumes (même en seersucker), des vestes dépareillés, des chemises, des souliers. C’est une friperie très complète, mais les prix ne sont pas toujours très avantageux.
  • Les puces de St Ouen sont, au final, une sorte de friperie à l’air libre. On peu également y trouver de belles choses, bien que cela dépende des étals.
  • Le quartier de Soho, à Londres regorge de friperies. C’est en tout cas bien l’endroit pour dénicher des vestes en tweed, des cravates régimentales ou de chasse, mais aussi des vêtements formels : jaquette, haut-de-forme…

N’hésitez pas à partager vos bonnes adresses en commentant ce billet.

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