Étiquettes

, , , ,

Plusieurs d’entre vous m’avaient suggéré, ou fait la demande d’un billet à propos du rasoir de sûreté, aussi appelé rasoir de sécurité. A juste titre d’ailleurs, puisque je n’ai jusqu’ici traité que du coupe-chou au détriment de ce dernier, qui représente un mode alternatif de rasage se situant entre le rasoir jetable et le coupe-chou. Si je lui préfère le coupe-chou, son utilisation comporte néanmoins plusieurs avantages qui concurrencent n’importe quel jetable : offrir un tranchant modulable en fonction des lames utilisées, et supérieur aux jetables ; lames moins chères, ce qui permet de très vite rentabiliser l’achat du rasoir ; offrir un tranchant plus durable que les jetables (comptez de quatre à huit rasages pour une lame) ; rasoirs (à tête réglable) peuvent également moduler l’orientation des lames afin d’en faire varier « l’agressivité » ; enfin, seules les lames sont jetables -mais recyclables car faites d’acier- ce qui réduit drastiquement les déchets inutiles qui se retrouvent dans la nature. Notons également qu’il nécessite moins d’entretien qu’un coupe-chou, tout en étant moins dangereux, tout du moins sur les premières utilisations.

Passons maintenant au fonctionnement dudit rasoir.

Le nom de rasoir de sûreté ne lui a pas été donné par hasard. L’utilisateur peut, d’une part, changer les lames sans se blesser en les déposant au cœur du rasoir, et d’autre part la lame ne dépasse que d’un millimètre, le reste étant caché par les ailettes. Elle est insérée de la manière suivante :

Comme vous pouvez le voir, les ailettes sont ici ouvertes. Une fois la lame fixée (comme ci-dessus), ces dernière peuvent être refermées par un astucieux système : une bague du manche permet d’actionner une vis sans fin logée au sein du manche, et directement reliée aux ailettes. Cela permet donc de les ouvrir et les fermer en tournant la bague sur elle-même. C’est également ce système qui est le garant de la sécurité propre à ce type de rasoir, à la fois lors du changement de lame, mais aussi lors du rasage, puisque celle-ci est bien maintenue.

Le manche est la plupart du temps en acier inoxydable, souvent chromé, ce qui promet une vie longue et dénuée de rouille à votre rasoir. Les manches sont souvent dotés d’une poignée dont le métal rendu rugueux confère de l’adhérence, mais certains rasoirs en sont dépourvus, ce qui peut affecter la prise en main en rendant le manche glissant. A titre personnel, l’aspect entièrement chromé du manche (et par extension, du rasoir) ne me plaît guère : cela lui confère en effet un aspect bling-bling. A l’inverse, les manches des coupes-chou sont en bois, en bakélite ou en os, ce qui est bien plus esthétique.

Les rasoirs de sûreté peuvent arborer différents types de tête : chacune est dédiée à un différent type de barbe. Les têtes droites peuvent être qualifiées de « neutre » : elles conviennent aux barbes normales, ainsi qu’à tous ceux qui débutent dans l’art de manier un rasoir de sûreté. Les têtes de sécurité réglables, comme expliqué au début de ce billet, permettent d’adapter la lame à plusieurs types de barbe. Les têtes dites slant, ou vrillées, exercent une tension sur la lame afin de la rendre plus agressive, ce qui la destines plutôt aux barbes dures. Enfin, la tête peigne permet de soulever le poil, ce qui la destine aux barbes drues.

Les têtes ne sont cependant pas les seules variables d’ajustement de l’agressivité du rasage : bien évidemment, les lames le sont aussi. Je ne suis cependant pas assez expert dans ce domaine, et ne saurais vous dire quelle lame convient à quel type de barbe. Je vous oriente donc vers des barbiers et autres spécialistes du rasage à ce propos.

Vers quels fabricants s’orienter pour acheter un rasoir de sûreté ? Il me semble, tout comme pour les coupes-chou, qu’ebay est un très bon endroit pour dénicher des pièces d’époque, parfois des années 50, et à un prix plutôt dérisoire (entre 5 et 20€). Si vous optez pour du neuf, de très bons rasoirs sont fabriqués par Merkur, Edwin Jagger, Gillette, Mülhe, ou Timor, pour ne citer qu’eux. Les prix commencent vers 20 ou 30€, et dépendent généralement de la qualité de l’acier utilisé, ce qui conditionne la durée de vie du rasoir, et également de la qualité du mécanisme et de la facture de la tête. Quant aux lames, les Gillette Bleues Extra me semblent être un excellent rapport qualité prix (comptez 2€ pour dix lames), mais comme je vous le disais, je ne puis trop vous conseiller sur ce sujet. Il vous faudra sûrement faire plusieurs essais pour trouver celles qui correspondent à votre type de barbe. Notons également que les lames peuvent voir leur durée de vie augmentée en les trempant dans une solution huileuse lorsqu’elles sont inutilisées : cela permet d’éviter la détérioration du fil à l’air libre.

Pour finir, je terminerai en comparant le coupe-chou et le rasoir de sûreté. Comme je vous l’ait déjà annoncé, ma préférence va à ce premier. En effet, je le trouve plus capricieux et difficile à dompter, donc plus charmant. L’entretien du fil n’est pas chose aisé, c’est peu de le dire. Le fil, d’ailleurs, peut être bien plus tranchant chez un coupe-chou, et permet donc d’être rasé de plus près. De plus, l’affutage est un bien agréable rituel que l’on manque en se rasant autrement, sans compter une esthétique que je juge bien moins attrayante que celle du coupe-chou. Enfin, et de manière plus terre-à-terre, le rasoir de sûreté est plus onéreux à long terme : il coûte généralement moins cher à l’achat, mais nécessite des dépenses constantes en lames là où le coupe-chou n’en a pas besoin. Le rasoir de sûreté reste néanmoins l’autre grand moyen pour se raser avec élégance. Il permet aussi faire un pied de nez à l’absurde course aux multiples lames entamée par les fabricants de rasoirs jetables.