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Les détracteurs de l’élégance, mais aussi certains ignorants, lui reprochent souvent d’être empêtrée dans de multiples carcans. « Enlève ta cravate, tu seras bien plus à l’aise ! » me répètent-ils à l’envie, malgré mon désarroi évident. Pour eux, nous sommes au mieux « endimanchés« , ce qui revient à dire « engoncés » dans nos vêtements, et au pire prisonniers de règles surannées. « Laisse-toi vivre ! » me disent ces sacripants dont les atours informes et négligés leur apporte, selon eux, confort et bien être. Alors, voici un billet qui prouvera une bonne fois pour toute que non, l’élégant n’est point malheureux, que personne ne se cache dans son dressing pour l’obliger à mettre sa cravate ou son nœud papillon, et que ce n’est pas sa femme qui le force à arborer une pochette de soie…bref, que se vêtir n’est pour lui pas une corvée, mais un plaisir ineffable !

A tous ceux qui nous reprochent d’être engoncés dans ce qu’ils jugent être une inconfortable prison, je leur réponds tout simplement qu’ils ne peuvent juger sans avoir essayé. Ce qu’ils se doivent d’essayer, ce sont tout simplement les caractéristiques qui font qu’une mise élégante est très confortable : pour les vestes, hautes emmanchures, et manches courtes pour libérer le poignet de toute contrainte ; pinces sur le pantalon, et jambes affinées et courtes afin de ne pas marcher sur l’ourlet, et pour qu’il ne se balance pas trop lors de la marche. En effet, les détracteurs de l’élégance ne connaissent que les costumes mal coupés et, soyons honnêtes, pas à leur taille. Je ne le redirai jamais assez : des vêtements trop larges entravent le mouvement et sont loin d’être confortables, sans compter qu’ils grossissent la silhouette. C’est un réel bonheur que de revêtir une veste qui, grâce aux attributs précédemment cités, est une seconde peau. Le col de chemise, enfin. « Je me sens étouffer ! » me répondent-ils lorsque je leur demande pourquoi leur col de chemise n’est pas fermé et que leur cravate est desserrée, et pend négligemment. La -relative- sensation d’étouffement disparaît avec l’habitude, à tel point qu’une fois dépassé un certain cap, c’est lorsqu’on ne porte pas de cravate que l’on se sent étouffer !

Mais avant tout, se vêtir avec élégance est un plaisir quotidien. Un plaisir donné par l’assemblage, chaque matin, de notre mise du jour. Un rituel bien établi qui est devenu, au fil des années, une sorte de rendez-vous immanquable avec l’élégance. Malgré l’immense possibilité de combinaisons de cravates, vestes, chemises et souliers, l’élégant compose mentalement une mise en autant de temps qu’il ne faut pour le dire. Il aime à conjuguer les motifs, les couleurs, mais également la légitimité et l’histoire de ses vêtements -point de derbies chasse avec un costume de ville, par exemple. Il compose sa mise avec art, et les règles sartoriales lui laissent un champ infini d’expression de sa personnalité, contrairement à ce que pensent lesdits sacripants. Se vêtir, c’est aussi le plaisir des sens : toucher le tweed rugueux, caresser les douces laine mérinos et laine d’agneau, apprécier la main de nos cravates, écouter le crissement de nos doigts sur des souliers fraichement cirés. Ce sont de petits plaisirs, mais l’élégant sait en profiter pleinement, au détriment de ceux procurés par les possessions matérielles, qui ne sont ni durables, ni satisfaisants.

Une fois cet agréable rituel achevé, on se sent sûr de soi et maître de son destin. Mais lorsqu’on s’aventure hors de son dressing, qu’advient-il du bonheur ressenti lorsque nous nous vêtions ? Il est loin de s’estomper, et d’autres viennent même l’accompagner. Tout d’abord, celui d’être un rempart contre la vulgarité et la trivialité montantes de la société d’hyper-consommation et de panurgisme actuelle : la mise élaborée et réfléchie qu’arbore l’élégant est ce qui témoigne de cette lutte, qui se conduit avec la joie que l’on ressent en œuvrant pour une cause juste. Vient ensuite le respect d’autrui. Se vêtir selon certains codes est perçu par l’élégant comme une forme supérieure de respect qu’il témoigne à autrui : être présentable lui permet d’honorer ses hôtes ou ses collègues grâce à l’effort consenti, là où la personne négligemment vêtue donne l’impression de ne pas négliger que ses habits. Ce dernier point peut être largement critiqué et remis en question pour sa relative superficialité, mais il fait néanmoins partie de la culture française : c’est un héritage dont nous ne pouvons faire abstraction.

Héritage…mais aussi transmission du savoir : voilà, pour finir, une des sources les plus importantes de bonheur lorsqu’on se vêt. A chaque soulier chaussé, à chaque veste passée, à chaque nœud papillon noué, c’est tout un savoir sartorial quasi ancestral qui est invoqué. Et nous, en tant que dépositaires de ce savoir, nous sommes un des maillons de cette transmission de savoir-faire et de connaissances que nous transmettons, ou transmettrons un jour, là où quelqu’un nous avait jadis initié. Cela rend à la fois humble face aux ancestrales traditions, et fier de les communiquer à notre tour.

Se vêtir ne serait tout simplement pas un bonheur si ce n’était pas une passion. Espérons alors que lorsque nous laissons éclater notre passion, cela puisse rendre heureux nos interlocuteurs !