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Tom Ford est un personnage singulier. C’est un homme de mode bien évidemment, un fashion designer comme aiment à le qualifier la presse et autres médias. Il a, en effet, toujours été du côté du dessin et de la créativité : études d’architecture d’intérieur, puis assistant créatif dans diverses entreprises. Son plus important poste fut celui de directeur artistique chez Gucci (que je surnomme affectueusement Gucciote -pardonnez-moi pour cette vulgarité), de 1994 à 2004. Après avoir quitté la firme aux mocassins à mord, il créa sa propre ligne de vêtement en 2007 : Tom Ford, tout simplement. Les premières pièces, quant à elles, furent dévoilées en 2009.

Ses créations proposent des interprétations intéressantes de coupes, de formes et de motifs. Et c’est surtout de cela dont il sera question dans ce billet, car je ne serais pas aussi tolérant s’il ne s’agissait que de l’homme. Alors faisons preuve d’ouverture d’esprit, même si les collections Tom Ford sont nimbées de mode et de tendances. C’est détestable, j’en conviens. Mais laissez-moi vous montrer, si cela est nécessaire, que les sources d’inspirations peuvent tout à fait être variées et non conventionnelles, du moment qu’elles sont choisies avec discernement.

Je précise également qu’il ne s’agit pas de faire une critique de la présentation des mannequins (il y aurait beaucoup à dire), pas plus que de la facture des vêtements : il m’est impossible d’évaluer la qualité (finitions, entoilage…). En effet, ses produits sont introuvables, et évidemment, rien sur le site ne fait mention de la facture des produits. Il est également presque impossible de savoir qui confectionne les vêtements : des tailleurs avec un véritable savoir-faire, ou bien une usine partagée avec Zara ? Quoi qu’il en soit, au vu du prix (4000€ minimum pour un costume prêt-à-porter), je subodore une légère entourloupe. Mais, en l’absence de preuves, je me garderai bien de critiquer gratuitement.

Bref, passons à l’analyse de ses réalisations, que je ferai de manière chronologique, de 2009 à aujourd’hui. Que penser, donc, des créations de Tom Ford ?

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Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Les créations automne/hiver 2009 sont en majorité assez réussies : formes, couleurs, matières et motifs sont au rendez-vous de l’élégance classique. Premièrement, les costumes : la recherche au niveau des motifs est notable. Habile mélange de carreaux, rayures, avec des couleurs discrètes et plaisantes. Les pochettes sont quant à elles judicieusement choisies pour apporter un motif supplémentaire qui ne jure pas, ni n’alourdit, et n’est pas redondant. Cela s’approche à certains égards de ce que fait Kiton, et dont j’apprécie énormément le travail mené sur les motifs.

Quant aux revers, leur générosité est imputable à l’attrait de Tom Ford pour les années 1970. Mais cela ne gène pas la silhouette outre mesure. On note également l’emploi récurrent de revers à pointes sans que cela soit avec un croisé. Plutôt atypique, donc.

Les matières utilisées sont assez sympathiques : flanelle et autres laines lourdes. Le tissu tourne visiblement autour des 400g/m², ce qui est cohérent avec les frimas de la saison.

Enfin, la dernière silhouette est une très belle veste d’intérieur en velours, avec, bien entendu, un col châle et fermoir à brandebourg. Il est très rare d’en voir dans des collections, même classiques, et encore moins portées. La collection comporte d’autres vestes d’intérieur, ainsi que des diner jackets, tout aussi réussies et respectueuses des traditions.

Voilà donc moult pièces qui sont source d’inspiration, précisément là où l’on ne s’attendait pas à la trouver !

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Passons maintenant à l’année 2010, été (deux premières silhouettes) et hiver (les trois silhouettes restantes) :

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Les deux premières silhouettes correspondent à la collection été. Elles sont assez représentatives des autres réalisations proposées : les thèmes utilisés s’inspirent de manière extrême des années 1970. Motifs persans, ou gros ronds psychédéliques pour une chemise, très peu pour moi, surtout dans des couleurs ‘dures’ que sont le mauve et le brun foncé. Je trouve le résultat kitsch et de très mauvais goût. Nous sommes hélas bien loin des prometteuses créations de l’année précédente.

La collection automne/hiver est également décevante : les combinaisons de motifs ont presque disparues, de même que les agréables couleurs de l’hiver 2009. Les ensembles sont banals et ternes. On note cependant l’apparition des très américains pin collars, ce qui adresse un clin d’œil à l’élégance classique.

Enfin, les vestes d’intérieur et les diner jackets sont désormais extrêmement vulgaires et bling bling, comme vous pouvez le voir sur la dernière silhouette : la soie de la diner jacket est surbrillante, et le noeud papillon, bien que lui aussi caractéristique des années 1970, reste surdimensionné.

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Passons maintenant aux collections de cette année :

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

Crédit : Tom Ford.

La collection été (représentée par les deux premières silhouettes) est fidèle à celle de l’année précédente : couleurs vulgaires, sans compter l’apparition de vareuses portées avec un bandana. Pourquoi pas après tout, mais pas avec l’ensemble présenté !

Concernant la collection automne/hiver, quel désarroi ! Les couleurs sont là aussi déconcertantes : de nouveau ‘dures’ et presque fluorescentes, elles ne font absolument pas cas de la discrétion. On note l’apparition de grosses mailles torsadées, de type Aran irlandais. J’apprécie d’ordinaire beaucoup ces pulls, surtout s’ils sont de couleur sobre et portés avec une mise sport (pour la forêt, la pêche…). Or, tant les teintes que les mises associées sont totalement inappropriés. Enfin, je ne sais que penser des écharpes en guise d’ascot. Le principe me plaît et est à creuser, mais la façon dont elles sont nouées alourdit considérablement les mises déjà empêtrées dans des vêtements trop larges, et ce surtout dans la quatrième mise.

Seules quelques silhouettes viennent rattraper le tout. L’avant-dernière est bien plus sobre et classique que ses prédécesseurs, ce qui gracie ses nombreux défauts : col de la chemise trop grand, noeud papillon trop large, pantalon aux nombreux plis disgracieux. Pour finir, le smoking croisé est réellement une des seules pièces de l’année 2011 qui fasse un sans-faute.

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2010 et 2011 ont donc été témoins d’un changement d’orientation des créations. Bien plus kitsch, mode et bling bling, elles s’adressent sûrement à un public peu connaisseur mais très fortuné. C’est manifestement aux antipodes de ce que nous apprécions. Il est néanmoins possible de trouver quelques inspirations intéressantes dans les collections les plus récentes, mais en bien plus petite quantité qu’en 2009. Et c’est bien malheureux ! Car voilà l’écueil sur lequel font naufrage tous les créateurs : n’ayant pas la maîtrise des codes de l’élégance classique, ils créent, ils inventent ce qu’ils ignorent à son sujet. De plus, les entorses sartoriales (comme les revers à pointes sans veste croisée, les pin collars…) qu’ils semblent faire n’en sont pas vraiment, puisqu’ils n’en ont pas conscience. Le résultat est alors incertain, et la correspondance avec les fondamentaux de l’élégance me paraît uniquement relever de la tendance : si l’élégance classique est à la mode, alors elle sera mise à l’honneur. Mais ne comptez pas en entendre parler si elle est considérée comme désuète. Voilà qui explique que l’on peut parfois avoir de très bonnes surprises, comme lors de sa première collection, tout comme l’on peut être révulsé par les suivantes.

Quoi qu’il en soit, je vous encourage fortement à garder l’esprit ouvert, comme je vous le disais dans les premières lignes de ce billet. De très bonnes idées peuvent aussi être trouvées du côté de tels créateurs, à condition d’avoir un œil critique sur ce que l’on voit, et quitte à apercevoir quelques horreurs. Et, pour ceux qui en doutaient, je range également Ralph Lauren dans la catégorie des créateurs dont il faut se méfier, mais qui peuvent être source d’inspiration.

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