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Existe t-il une différence entre le style Preppy et le style Ivy League ?

Je sais que, pour certains, les deux sont indissociables. J’ai tout de même voulu me pencher sur la question.

Tout d’abord, qu’est-ce que cette fameuse Ivy League ? Ce sont huit prestigieuses universités Américaines (Brown, Yale, Harvard, Cornell, Columbia, Dartmouth, Princeton, et University of Pennsylvania), représentant l’excellence intellectuelle (et sportive à certains niveaux). Ivy (lierre en anglais) désigne le lierre grimpant le long des bâtiments, inspirés de l’architecture gothique tardive des universités britanniques du Vieux Continent. Harvard est la première université de la Ivy League fondée sur le sol Américain, en 1636 ; Cornell est la dernière, en 1865, et est aussi la seule instituée après l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique en 1776. Autant dire que ces universités font figure de relique (le lierre en est la preuve), au regard de la relativement courte histoire américaine ! Il n’est alors pas étonnant que les américains se soient si attachés aux institutions qu’elles représentent, à leurs valeurs, et à leurs codes vestimentaires.

A l’instar de l’architecture, les américains ont également adopté ce qu’arboraient les étudiants anglais, notamment à Eton College, Oxford et Cambridge Universities : cravates club (en anglais, regimental ties : elles étaient à l’origine des cravates militaires, permettant de reconnaître le régiment ; elles ont ensuite été les portes-couleurs des universités, de leur clubs sportifs et intellectuels), col club (très vite remplacé par le col boutonné estampillé Brooks Brothers, en 1896), veste en tweed, pantalon de flanelle. Omniprésents dans la garde-robe des étudiants de la Ivy League jusqu’à la fin des années 50, leur usage s’est ensuite cantonné à de rares occasions, ou à de rares groupes sociaux.

Crédit : The Trad. Club Collar & Rep Tie

Cravates Club/Régimentales d'Oxford University.

Voici, donc, à quoi ressemblaient les étudiants de la Ivy League dans les années 1950 :

Flanelle, tweed, cravate en laine, noeud papillon : tout respire la discrétion. Malgré la photo en noir et blanc, on devine des couleurs sobres -taupe, gris anthracite, sable, vert anis, bleu marine…-. On devine également l’intelligence de ces jeunes gens…quelle mise !

A présent, intéressons-nous au style Preppy. Le terme Preppy vient de l’abréviation de Preparatory Schools, école privées permettant de préparer l’entrée aux universités de la Ivy League. Si ce type d’écoles existait déjà depuis le tout début XXe, le style Preppy tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe que depuis le début des années 50 : on peut le considérer comme une branche du style Ivy League, qui aurait grandi et qui aurait développé ensuite ses propres caractéristiques. Il s’est depuis répandu hors du milieu social dans lequel il s’est formé, tandis que le style Ivy League a décliné.

Crédit : F.E. Castleberry. Un 'Preppy' typique : chemise Madras, chino, ceinture Grosgrain à bandes colorées, Penny Loafers

Il existe, selon moi, un antagonisme symbolique entre ces deux styles. Nous avons, d’un côté, le style Ivy League, symbole de l’érudition Américaine. Tout en lui est discrétion, authenticité, durabilité : les matières utilisées -tweed, flanelle, velours côtelé…-, les mises -classiques et discrètes-, la philosophie anima sana in corpore sano, le tout dans le cadre sobre et intellectuel que sont les Universités et leurs campus. De l’autre côté, nous avons le style Preppy, fils rebelle de l’Ivy League qui ne veut décidément pas marcher dans les même pas que son père. Alors, il troque les matières nobles contre du coton qui ne dure guère plus d’un saison ; il échange également les teintes passe-partout contre des couleurs plus criardes, telles que celles du Madras ou des Chinos aux couleurs acidulées vendus ces dernières années, tel un symbole de l’accès au consumérisme de masse, et au Paradigme de la Mode ; ses mises, au contraire de celles de son paternel l’Ivy League, sont des mises d’été, reflétant une certaine frivolité, une certaine insouciance ; enfin, il déménage des campus Universitaires pour se retrouver dans de Luxueuses et fantasmées villas de la côte Est. S’il s’affiche parfois en milieu universitaire, il ne trompe personne, car il est sur le terrain de son père l’Ivy League.

Campus de Yale

Maison d'architecture traditionnelle de la côte Est

Le style Preppy serait donc un symptôme d’une Amérique davantage frivole, en mal d’authenticité (la sur-utilisation d’univers ‘cliché’, fantasmés), et en proie aux sirènes du vêtement cyclique et jetable. Il se vulgarise désormais sur le Vieux Continent, parmi une population qui n’a cure de l’authenticité et des règles sartoriales.

Ne jetons cependant pas le bébé avec l’eau du bain : d’une part, le style Preppy représente une évolution culturelle notable et essentielle en ce qui concerne l’utilisation des couleurs, des motifs, de certains éléments du vestiaire masculin, et de leur coordination ; d’autre part, si le preppy authentique est enviable, le preppy instrumentalisé par les enseignes de mode ne l’est pas, puisqu’il est utilisé pour se donner un genre.

Mieux vaut, donc, suivre authentiquement le style Preppy, que le style Ivy de manière superficielle.

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