Inspiration de la semaine – Un Duffle coat à Cambridge

Duffle coat

En Duffle coat, James Crowden, membre de l’équipe d’aviron de l’Université de Cambridge en préparation en vue de la Boat Race de 1952. Photo prise le 22 mars de la même année par John Chillingworth, avec Midsummer Common à l’arrière plan.

Le Duffle coat est un manteau qui est loin de faire l’unanimité dans la ‘communauté’ des adeptes du vêtement masculin classique. Notamment décrié par le Chouan des Villes, pour qui il est inapproprié passé vingt-cinq ans, ou James Darwen qui ne voit en lui qu’une relique de la second Guerre Mondiale, une vulgaire pièce de surplus militaire, un peu comme si l’on mettait de nos jours un anorak de l’armée de terre. Un manteau qui serait, selon les clichés, uniquement porté par des étudiants marxistes fauchés. C’est pourtant un atour qui ne manque pas de praticité…et de charme. S’il a effectivement été popularisé durant la deuxième Guerre, notamment lorsque le maréchal Montgomery en arbora (ce qui lui valu le surnom de "Monty coat"), il aurait des racines plus anciennes à chercher des marins de la Royal Navy dès la deuxième moitié du XIXème siècle.

Du fait de ses nombreuses caractéristiques utilitaires, comme ses poches boîte-aux-lettres, sa capuche, sa laine épaisse et procurant chaleur, confort et imperméabilité, un col relativement haut permettant d’isoler le cou à l’aide d’une écharpe, le Duffle coat est un excellent compagnon en de nombreuses circonstances. La première est la voile ou le yachting en passant par la promenade en bord de mer : ainsi, l’origine marine sera mise à l’honneur. Puis viennent toutes les autres occasions sportives comme la bicyclette, la marche à pieds, mais aussi lors d’autres activités, comme une séance de croquis dans un parc… Il est tout à faire cohérent de le porter en dessus d’un blazer, chemise et cravate club (ou col roulé), ou un polo à manches longues par exemple. Son épaisseur lui permet de réchauffer le corps après une séance de course à pieds, de tennis, d’escrime, ou comme ici, d’aviron…et ce même s’il pleut. Ce qui est fort utile en ce moment, vous en conviendrez.

Je vous souhaite une très bonne fin de semaine.

Génération zapping

Un papier du Monde paru avant-hier m’a interpellé. Les deux journalistes, Sandrine Cabut et Pascale Santi, l’ont à raison intitulé "Génération ‘biture express’".

Le sujet d’étude, vous l’aurez compris, est la nouvelle tendance chez les jeunes à boire davantage, de manière presque frénétique et de plus en plus tôt. Selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publié le mardi 28 mai, plus d’un jeune sur deux âgé de 17 ans a bu jusqu’à être ivre au cours du dernier mois. Un chiffre en augmentation depuis 2005, passant de 46% à 53% en 2011. "Même ceux qui boivent peu fréquemment boivent plus intensément", s’alarme Stanislas Spilka de l’OFDT. Selon François Beck, responsable du département des enquêtes de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), nous sommes passés d’une consommation "latine" de l’alcool en "en buvant à table" à une consommation "intense", telle celle qui est observée en Grande-Bretagne. C’est pour cela que les jeunes privilégient les alcools forts qui rendent ivre plus vite : en "16 minutes chrono" pour la vodka, notent les deux journalistes. Pour le docteur Pommereau, psychiatre en charge d’un service prenant en charge des adolescents suicidaires, notamment à cause de l’alcool, au CHU de Bordeaux, il ne fait aucun doute que ces "enfants de l’image et du zapping" ont "du mal à supporter d’attendre, le différé". "C’est tout, tout de suite, ou rien, analyse t-il. Ce sont des consommateurs, habitués à prendre et à jeter. Ils zappent tout le temps, passent d’un monde à l’autre".

"Autrefois, on savait boire. On apprenait jeunes. L’alcool n’était pas considéré comme quelque chose de mal. C’était même un bon camarade du moment qu’on ne le laissait pas nous entraîner trop loin", note l’intellectuel et animateur de télévision Frédéric Taddeï dans un éditorial sur le site Newsring. Sa thèse ? C’est le puritanisme venu des pays anglo-saxons, notamment des États-Unis fortement marqués par la prohibition qui, en diabolisant et en réprimant la consommation courante d’alcool, a paradoxalement créé une consommation parallèle, cachée, honteuse, qui prend une forme violente.

D’un verre de vin à table à une bouteille de vodka en soirée

Ces deux papiers appellent plusieurs constatations. Il faut d’abord remarquer que l’alcool n’est plus perçu de la même manière. Autrefois, l’on buvait à table un verre de vin rouge ou un peu de bière. Il semble que la majorité le faisaient pour agrémenter leur repas d’une saveur supplémentaire bien qu’il existait sans conteste une poignée de brebis galeuses imbibées du matin au soir. Si l’on reprend la thèse de François Beck, de l’Inpes, qui correspond à celle de Frédéric Taddeï, l’on s’aperçoit qu’à cette consommation quasi-quotidienne à fin gustative s’est substituée une consommation peut-être moins régulière mais dont la seule finalité est l’ivresse.

Ensuite vient le motif de l’ingurgitation effrénée de l’alcool. Il s’agirait de "se lâcher" et de "faire cesser la prise de tête", note le Dr Pommereau. Une catharsis bien superficielle. Quoi de pire que de s’enfermer dans des paradis artificiels pour fuir les ennuis de la vie quotidienne ? Et puis, si ces "bitures express" sont réalisées en communauté afin de faciliter les échanges car étant censées vaincre la timidité, l’effet inverse est cependant constaté puisque l’ivresse rend toute communication intelligente impossible.

Pour ma part, je me range du côté de Frédéric Taddeï, considérant qu’une criminalisation de l’alcool amènerait l’effet opposé à celui désiré. Un retour une consommation occasionnelle et gustative me semble souhaitable, tout en ayant conscience des dangers de l’alcool (cancers et maladies cardiovasculaires notamment) sans pour autant enchaîner les jeunes générations jusqu’à leur majorité. Après tout, une première ivresse assez sévère n’est-elle pas un choc suffisant pour que l’on n’ait plus envie de s’y frotter ? Encore faut-il que le coma éthylique ne soit pas un nouveau jalon de la réussite à notre époque, au même titre que de posséder une télévision dernier-cri ou un costume Hugo Boss.

L’avènement de la société du caprice liée au paradigme de la mode

Cette alcoolisation nouvelle me semble être l’un des nombreux symptômes d’une ère nouvelle : l’avènement d’une génération zapping qui prend et jette. "C’est tout, tout de suite, ou rien", notait le Dr Pommereau. Les jeunes générations sont comme des enfants de quatre ans capricieux et gâtés à souhait – un comportement qui était déjà présent dans les générations actuelles, mais qui semblait encore limité. La faute aux parents, qui ont habitué leur progéniture à disposer de tout, créant un sentiment de lassitude ? C’est en tout cas un facteur qui semble déterminant, surtout lorsque l’on aperçoit des enfants hauts comme trois pommes s’affichant fièrement avec un téléphone valant plus de 500 euros.

La génération zapping fait partie intégrante du paradigme de la mode. Elle fait preuve de panurgisme, de superficialité et d’impatience. Qu’il est à la fois désolant de constater une telle déchéance, et inquiétant de savoir que cette génération constituera la France de demain ! En attendant, continuons à déguster tranquillement (et occasionnellement) nos ales, vins, portos, whiskies ou cognacs afin de militer à notre manière pour une autre conception de la consommation d’alcool, mais aussi de la consommation tout court. Peut-être ferons-nous des émules…

Inspiration de la semaine – Mises de ville pour temps pluvieux

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Voici un exemple de tenues que l’on peut porter en ville par temps frais et pluvieux. Une inspiration qui vous sera certainement très utile à la vue de ces gouttes qui crèvent le ciel et à la bise qui mord le visage au petit matin. A gauche, un choix approprié pour les occasions les plus décontractées (petite promenade du dimanche, visite d’un musée…) avec un Fedora et un imperméable de type Mackintosh même si, à titre, personnel, je les préfère sans ceinture. Le second homme arbore une mise qui sied bien davantage aux affaires ou à un cocktail n’exigeant pas de black ou de white tie, le croisé bleu marine à rayures tennis étant le plus habillé des costumes de ville avant les mises formelles. A la différence de son compère, celui-ci porte un Homburg, chapeau lui aussi le plus habillé avant le haut-de-forme. Il ne s’est pas embarrassé d’un imperméable ou d’un manteau : un simple parapluie lui suffit. Un choix pertinent si l’on a peu de chemin à faire en extérieur ou qu’il ne fait que bruiner ; autrement, l’on se retrouve bien vite détrempé.

Ces atours mis à part, rien ne vous saute aux yeux ?

Très bonne fin de semaine à vous.

Peut-on faire commerce de l’élégance ?

Peut-on faire commerce de l’élégance ? demandais-je à la fin de mon avant dernier billet, en guise d’ouverture, à propos de la poudre aux yeux jetée par certaines entreprises.

Définissions tout d’abord ce que nous pouvons entendre par "élégance". Prenons tout d’abord ce terme tel qu’il est généralement accepté, au sens d’être vêtu de vêtements classiques ainsi que tout ce qui lui est associé, des montres aux souliers ; puis intéressons-nous au sens qui lui est donné ici, à savoir celui d’un idéal intellectuel. Nous verrons ainsi que des éléments inattendus viendront répondre à cette question simple en apparence.

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En ce qui concerne le vêtement, oui, bien entendu, l’on peut en faire commerce. Mais il y a commerce et commerce. Celui, grossièrement, d’une consommation effrénée où les clients butinent çà et là des objets de qualité médiocre puis rejettent le fruit de leur collecte, contre celui d’une entreprise familiale digne de confiance comptant sur des clients fidèles.

Évidemment, les entreprises doivent prospérer afin de se développer, de régler les factures et de permettre au patron et à ses salariés de vivre correctement de leur travail. Elles se trouvent souvent face à un choix cornélien qui peut être résumé comme suit : croître de manière fulgurante en empochant un beau pactole tout en perdant ses valeurs, ou s’agrandir lentement mais sûrement et rester fidèle à soi-même. Revers de la médaille : les profits sont là mais sont relativement bien plus faibles qu’avec le premier choix. Il me semble qu’aujourd’hui, les sociétés optent dans l’immense majorité pour le premier alors qu’autrefois, elles étaient dirigées de manière familiales et grandissaient sur plusieurs générations grâce aux capitaux propres. Cela peut-être expliqué par un désir irrépressible d’immédiateté et d’appât du gain. C’est le leitmotiv de l’économie classique : la perspective du profit motive les actions. Cela expliquerait le déclin de l’industrie du vêtement classique, au delà de la quasi disparition de la demande au profit du prêt-à-porter et des vêtements et objets fabriqués en usine.

Et si nous tentions de nous défaire de ce leitmotiv et que nous envisagions qu’un entrepreneur peut nourrir d’autres desseins que de maximiser son profit, dans un cadre intégrant sur un pied d’égalité économie, éthique et relations humaines ? Le cadre du paradigme de l’élégance permet d’apporter une réponse à tous ceux qui sont écœurés du gaspillage induit par la consommation effrénée. En ce qui concerne le vêtement classique, les produits vendus sont intemporels et leur qualité leur permet de durer. Ils ne sont donc pas renouvelés souvent par leur propriétaire : une paire de souliers peut durer une dizaine d’années ; vingt ans pour une veste en coton ciré Barbour, idem pour un costume entièrement entoilé réalisé sur-mesure par un tailleur expérimenté.

Or, comment survivre pour une entreprise lorsque les cycles d’achats sont si espacés, les produits onéreux du fait de leur qualité et surtout lorsque l’on est un petit artisan, tel un bottier, un pipier ou un tailleur ? Le paradoxe semble insoluble. La seule solution semble d’être constamment sur le fil. Faire des concessions afin d’inciter à l’achat voire d’attirer de nouveaux clients mais en restant fidèle à son identité et à ses principes. Il faut toutefois ne pas décevoir les acheteurs les plus traditionnels qui ont souvent horreur de la marchandisation des produits classiques. Pourtant, il faut tout de même remplir le tiroir-caisse de la boutique… Un exercice difficile, donc, qu’il est d’autant plus difficile à réussir que la conjoncture économique n’est pas excellente et que l’ère du temps n’est pas à une consommation raisonnée et raisonnable.
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Peut-on faire commerce de l’élégance intellectuelle, alors ? Peut-on vraiment monnayer cette connaissance comme Bloomberg échange et vend des informations à destination des financiers ? A mes yeux, il s’agit d’une question de respect vis-à-vis des traditions : celles-ci sont trop nobles pour être bradées comme des torchons. Et puis, ne serait-il pas terriblement vide et froid de vendre sur ce blog du "conseil en image" ou que sais-je encore ? Les rapports simplement marchands ont un côté carnassier et impitoyable qui glacent le sang, alors échappons-y autant que nous le pouvons. C’est pour cela que ce blog est gratuit et que je n’en tire aucun bénéfice, pécuniaire ou matériel.

L’élégance est un don que l’on fait à autrui. Dire que l’on n’y gagne rien est entièrement faux : ce n’est tout simplement pas un bénéfice en monnaie sonnante et trébuchante. Nous parlons de bien plus. Il s’agit de rapports humains et de la richesse qui en découle. Et puis, le don appelle généralement un autre don en retour, comme l’a théorisé Marcel Mauss. Les entreprises qui adoptent une telle attitude -en se rendant disponibles et prodigues en bons conseils pour leurs clients, par exemple- font un pari, puisque ces actions représentent des pertes de temps dont les retombées économiques ne sont pas chiffrables. Et pourtant…! Un client choyé est un client acquis. Cela permet également de réhumaniser le commerce. Au "travailler plus pour gagner plus", préférons le "gagner moins mais être plus épanoui" !

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