Il y a deux semaines, je publiais un billet concernant la place cardinale que devait revêtir l’intellectualisation dans l’élégance. Je m’interrogeais alors sur le but de l’existence de l’Homme. Doit-il se confiner dans la vanité ou tenter de s’élever mentalement ? La réponse, vous vous en souvenez, était claire concernant l’élégance : l’Homme se doit de s’élever de son insignifiante condition d’animal grâce à l’intellectualisation. Cette dernière est en réalité la composante d’une notion plus large et consubstantielle de l’élégance : il s’agit de la dignité de l’être humain.

Cette dignité se traduit de trois manières différentes : intellectuelle, comportementale et physique. Il s’agit d’un triptyque dont chaque fragment est indissociable des deux autres mais n’ayant pas une importance égale.

La dignité intellectuelle, tout d’abord. C’est celle que nous avons vue dans le billet dédié et évoqué ci-dessus. Il s’agit de la capacité à intellectualiser sans snobisme et ce afin de se défaire de son instinct le plus primaire, ce joug qui oppresse tant d’esprits.

La dignité comportementale ensuite. Le chemin de la dignité intellectuelle pouvant mener à une certaine arrogance et le dénigrement automatique d’autrui, une éthique et des valeurs deviennent indispensables. Elles guident la traduction concrète de l’intellectualisation et bannissent les comportements ne respectant pas la condition humaine, tels l’impolitesse, l’appât du gain, le panurgisme, la curiosité malsaine qu’entretient la presse à scandale ou encore la sexualité animale et dégradante, pour ne citer que ces travers.

La dignité physique, enfin. Il s’agit de ne pas se laisser aller concernant son apparence et ses atours afin de se respecter soi-même ainsi qu’autrui. Contre-exemple typique : un individu décoiffé et sale, portant des Crocs vert pomme et un jogging troué !

De ces trois aspects de la dignité, c’est ce dernier qui peut le plus être dédaigné comme nous l’a si bien expliqué Raphaël Sagodira dans son billet la semaine passée en prenant exemple sur Jacques Brel, une personne qui « jamais » n’aurait songé à arborer « des costumes flamboyants venus du meilleur tailleur parisien pour exister », un homme « sans colifichets » qui haïssait la vulgarité. Trop se préoccuper de son apparence n’est finalement pas plus louable que d’être en tout point négligé : « on ne voit pas grande chose à force de se regarder », avait si bien résumé ce lecteur.

Il me semble par ailleurs très important que cette dignité personnelle serve à renforcer celle d’autrui grâce, par exemple, à l’absence de snobisme, à l’usage de la politesse ou au port de vêtements qui témoigne du respect que l’on a pour son prochain.

Le fait de tenter à chaque instant de s’élever intellectuellement, moralement et physiquement constitue un incroyable effort, un effort de tous les instants tandis que la route du laisser-aller et de la vacuité peut se dévaler à toute vitesse. De fait, ceux qui résistent contre la déchéance de l’Homme sont des héros. Des héros de la vie moderne, même, en reprenant l’expression de Baudelaire mais en la détournant de sa signification originale comme je l’avais déjà suggéré dans mon billet sur le dandysme. En effet, l’auteur des Fleurs du Mal considérait que « cela est dans l’ordre des choses » que l’on puisse « affirmer que puisque tous les siècles et tous les peuples ont eu leur beauté, nous avons inévitablement la nôtre ». La modernité du poète est aujourd’hui considérée comme classique. Notre propre modernité, en revanche, est hideuse en bien des aspects et il ne fait aucun doute que Baudelaire aurait eu tôt fait de réviser son jugement à la simple vue de l’ultra-libéralisme économique, du culte de l’argent, du programme de TF1, M6 ou NRJ12 et de leurs abjectes émissions de télé-réalité ou encore de la disparition rapide des convenances.

La dignité est l’ultime dessein de l’élégance : tout ce qui a été écrit sur ce blog depuis sa création lui est liée, que cela concerne la dignité intellectuelle, morale ou physique. La dignité est une ode à l’élégance qu’il est primordial de fredonner sous peine de sombrer dans les limbes de la vacuité et de la vulgarité. Soyons des rocs inébranlables face à cette insupportable marée et, si nous sommes en nombre suffisant, lui faire barrage. J’ai bon espoir à ce sujet.

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