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Il y a quelques mois, j’avais défendu l’idée que les friperies sont un paradis pour tout élégant : l’on peut y dénicher à -relativement- moindre frais des vêtements, souliers et maroquinerie d’excellente facture, intemporels et classiques, mais  rejetés par la société de consommation et le paradigme de la mode. Dans ces repaires de chineur, l’émotion est au rendez-vous : celle de la trouvaille inattendue, de la rencontre avec l’histoire, la qualité et le savoir-faire centenaire. Toujours dans la continuité de cette démarche, j’aimerais vous présenter d’autres friperies, en sus des quelques parisiennes que j’avais pu vous faire (re)découvrir. Je me tourne donc vers celles de Londres et de ses environs.

Les vintage shops anglais ont l’avantage de disposer historiquement d’un stock de vêtements classiques issus du style britannique. L’on pourra ainsi facilement y trouver des vestes, manteaux et couvres-chef de tweed, pulls de cricket, tricots torsadés, canotiers, blazers, brogues, hauts-de-forme, morning suits, diner jackets, cravates club et motifs Paisley (cachemire), serviettes, sacs, pochettes, vestes de coton ciré… La liste est impressionnante !

L’Angleterre compte un nombre impressionnant de charity shops, ces boutiques souvent tenues par des associations revendant ce que les plus aisés ne veulent plus. On y trouve de tout : meubles, accessoires de maison, loisirs et, bien entendu, des vêtements. Cette propensions à la charité en nature est propre à la culture anglo-saxonne. Elle se retrouve en Angleterre et aux États-Unis. Les friperies Britanniques sont le corollaire de ces charity shops : elles s’y fournissent partiellement. Cette philosophie de charité et de philanthropie peut être perçue comme une privatisation de l’État Providence.

Mais passons plutôt aux friperies. La liste qui va suivre n’a pas but de lister la totalité de celles présentes à Londres et en Angleterre du sud, mais de vous en présenter une sélection de ce qui satisfait les critères de l’élégance défendus ici, car proposant des articles authentiques.

Crazy Clothes Connection (134 Lancaster road, à Notting Hill – métro Ladbroke Grove).

C’est un joyeux débarras qui vous attend au pied de la colline de Notting Hill, ce quartier aux magnifiques demeures dont les façades blanches étincellent presque aux beaux jours. Devant la boutique, entre deux portants garnis de vestes de tweed, une table monte la garde. Un vieux téléphone des années 1920 y trône et annonce la couleur : vous voici dans un endroit aussi loufoque qu’agréable !

La propriétaire arrive alors, munie d’un large sourire avenant. Son accent, décidément pas d’Angleterre continentale, et son bandana bariolé ne trompent pas : elle est jamaïcaine et s’appelle Esther. Sa bonne humeur et sa familiarité de bon aloi sont les véritables atouts de cette friperie, car elles vous permettront d’explorer la boutique et y trouver de belles pièces (un portant à cravates bien garni de cravate club ou motifs cachemire -20£ la cravate en soie, 8 en polyester-, de nombreuses vestes de tweed, quelques vestes militaires) tout en riant à gorge déployé avec cette dame au cœur en or et haute en couleurs. Car la magie des friperies provient aussi des belles rencontres que l’on peut y faire.

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The Hideout (293 Portobello road, à quelques minutes à pieds de Crazy Cloth Connection et l’arrêt Ladbroke Grove).

© Le Paradigme de l’Elegance

L’accueil est ici plutôt froid. L’intérieur aussi : il est vide, bien trop vide et bien trop rangé pour annoncer une friperie traditionnelle, ce qui augure d’une boutique mélangeant ancien et neuf, et où tous les articles seront triés sur le volet, ce qui augurerait d’un prix plus élevé et d’un choix stylistique tranché parfois détestable. Mais en passant outre ces deux mauvaises impressions au premier abord, l’on commence déjà à faire quelques trouvailles. Quelques blousons d’aviateur en cuir et à col de fourrure, par exemple :

© Le Paradigme de l’Elegance

The Hideout dispose également d’un large choix d’écharpe de soie (parfois de polyester, hélas) permettant de se nouer un Ascot, ou de le porter détaché. Que de belles perspectives ! Les motifs proposés sont généralement géométrique, et d’un classicisme parfait. Ils permettent ainsi de s’essayer à l’assemblage de motifs avec une veste et une chemise, ce qui devient alors très intéressant. Leur prix est également un argument de poids : comptez 8£ chaque.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Les portants adjacents regorgent de vestes matelassées et de vestes en coton cirées, et chose assez spéciale, elles ne proviennent pas toutes de chez Barbour. Cela permet ainsi de comparer finitions et qualité globale afin de faire un achat raisonné. Les prix le sont aussi, d’ailleurs : 15 à 40£ la veste matelassée, 60 celle en coton ciré.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Enfin, quelques sacs de cuir garnissent des étagères en hauteur. Voyez par exemple ce magnifique sac de week-end ci-dessous :

© Le Paradigme de l’Elegance

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The Antique Clothing Shop (282 Portobello Road, en face de The Hideout).

© Le Paradigme de l’Elegance

En face de The Hideout et tout en haut de la longue rue de Portobello, se situe l’Antique Clothing Shop. L’accueil est cordial, mais assez réservé. Les langues se délient cependant lorsqu’on passe à la caisse -plutôt hypocrite !. Heureusement, ce qu’on trouve dans cette boutique permet de compenser ce défaut.

C’est tout d’abord un mur entier de vestes de tweed et autres vestes de tir qui saute aux yeux. Quel régal ! La tenancière viendra vous décrocher avec plutôt bonne grâce l’atour de votre choix pour essayage. Point de cabine, cependant.

Quelques vestes de régate viennent également enrichir cette collection de veste de sport, dans un registre différent toutefois. Comptez un minimum de 70£ pour un article de ce genre.

© Le Paradigme de l’Elegance

Le mur en vis-à-vis des vestes de tweed n’est pas en reste, puisqu’il est recouvert de vestes en coton ciré à la patine marquée. Elles sont à 80£ minimum.

Je me permettrais d’ajouter, à titre personnel, que je préfère acheter une veste de coton ciré en état neuf pour à peine plus du double du prix. Voir la veste nous accompagner dans le temps en en prendre soin tout en la voyant se patiner me semble préférable à acheter un vêtement en fin de vie pour ne donner que l’apparence de respectabilité, mais qui peut s’apparenter à de la superficialité.

© Le Paradigme de l’Elegance

Quelques couvres-chef sont également disponibles : chapeaux melon, hauts-de-forme en soie, bien entendu, et canotiers.

© Le Paradigme de l’Elegance

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La collection de morning coats est assez bien fournie et en bon état. On y trouvera également quelques habits.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Enfin, quelques sacs de voyage et autres serviettes entassés à l’arrière de la boutiques permettent de bien compléter l’offre actuelle. J’ai ainsi trouvé un magnifique étui à caméra à porter en bandoulière datant des années 30 à 50, qui n’est pas sans rappeler les tribulations de Tintin.

Autre regret concernant cette boutique : l’absence de cravates ou de nœuds papillon.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Portobello Road Market (à quelques mètres au sud de The Hideout et The Antique Clothing Shop).

Portobello Road Market est situé juste en contrebas de la bretelle de l’A40, sous un immense chapiteau blanc, ce qui permet de protéger les étals de la pluie. Autant dire qu’à Londres, une telle chose est plus qu’utile : indispensable. Cela permet de déambuler en rangeant son parapluie ou son feutre et de protéger la précieuse marchandise vendue en ce lieu.

De nombreux étals parsèment ce lieu, et changent d’un jour à l’autre. Certains articles sont toutefois presque constamment trouvables : vestes de tweed et de tir, vestes matelassées et en coton ciré, gilets, cravates en laine et en soie, foulards pour Ascots… Une immense friperie à l’air libre, en somme ! Les prix varient selon les stands, mais ils sont généralement très abordables (un proposait des cravates à 4£, par exemple).

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WOW Retro (179 Drury Lane – photo ci-dessous-, et 14 Mercer Street – quartier de Covent Garden).

© Le Paradigme de l’Elegance

WOW Retro comporte deux magasins non loin l’un de l’autre, puisqu’il suffit de marcher cinq minutes à peine pour les rallier.

On y trouvera de nombreux articles : casquettes et vestes de tweed, veste en jean, blazers, pulls de cricket, cravates, foulards, pochettes, gilets (j’y avais d’ailleurs trouvé un gilet à revers que j’avais présenté dans cette inspiration, notamment)… Comptez 15£ un gilet ou un pull, et 30 pour une veste de tweed, ce qui est plus que raisonnable.

© Le Paradigme de l’Elegance

Le gérant des boutiques est quelqu’un d’assez distant de prime abord, mais il suffit de parler chiffons avec lui pour qu’un grand sourire illumine son visage ; et les vendeurs sont généralement très avenants et il est tres aisé d’engager la conversation.

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The Vintage Showroom (14 Earlham Street – métros Covent Garden ou Leceister Square).

© Le Paradigme de l’Elegance

Cette friperie à deux pas de Leceister square est assez particulière, mais en bien cela dit. Les deux gérants sont des passionnés, et trient les articles qu’ils proposent en fonction de leur histoire, surtout celle de la Ivy League, à laquelle sont reliés le style éponyme et le Preppy. Leur blog permet de s’en rendre compte. Ce sont ces deux-ci qui sont principalement mis en avant. Ils proposent ainsi des vestes de tweed et de tir très classiques, mais pas que :

© Le Paradigme de l’Elegance

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Vestes de régate, pulls de cricket et écharpes de Colleges côtoient des bibelots et autres décors du plus bel effet, comme des photos de classe des Universités anglaises ou américaines, des accessoires de sport -de crocket, de tennis…

Des blousons en cuir et col fourrure d’aviateur sont également proposées.

© Le Paradigme de l’Elegance

Grande surprise également : la présence de montres des années 1940 à 1960, mécaniques bien entendu. La plupart sont vraiment très jolies et valent le coup d’œil. Notons aussi la présence d’accessoires intéressants, tel que des flasques ou des lunettes.

© Le Paradigme de l’Elegance

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Enfin, notons que The Vintage Showroom possède un sous-sol rempli de pièces uniques et précieuses glanées ça et là, mais uniquement accessible à quelques clients privilégiés, ce qui n’est hélas pas encore mon cas ! Ce sera donc pour une autre fois.

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J’aurais également voulu mentionner la boutique Old Hat, à Hammersmith, mais elle semble avoir fait faillite bien que son site internet soit toujours ne ligne. Mystère ! Si quelqu’un sait ce qu’il en est advenu, je serais très intéressé d’en avoir des nouvelles.

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Pour finir, une friperie qui n’est pas à Londres, mais à Oxford (aucune friperie ne se trouve à Cambridge) :

The Ballroom (5-6 The Plain, Oxford).

© Le Paradigme de l’Elegance

Cette friperie s’adresse, comme vous pouvez le deviner, aux étudiants lors des balls de fin d’année. Mais pas que, fort heureusement : les stocks sont riches de morning coats, vestes de régate, Norfolk jackets, foulards, vestes de tweed, canotiers, pantalons de tweed longs et breeks,… tout ce que la vielle Angleterre fait de mieux, en somme, pour le respect le plus total des convenances sartoriales. Sans compter que tous les articles sont authentiques, et datent d’il y a une quarantaine d’années au minimum au vu des coupes et des finitions. C’est un véritable régal que de farfouiller dans l’amoncellement de linge, et d’écarter les vestes suspendues tout en appréciant les différents tissus au toucher.

Point très positif : ces vêtements sont à destination des étudiants, donc pour la plupart encore sveltes. Nous sommes donc à milles lieues des vestes que l’on peut trouver ailleurs, et taillées pour des gabarits bien plus corpulents. Ici, celui qui est grand et fin n’aura aucun mal à trouver chaussure à son pied, y compris pour les morning coats, mais mis à part pour quelques pièces (comme les Norfolk jackets, malheureusement).

En revanche, il est difficile de pouvoir converser tranquillement avec les propriétaires en raison de l’affluence constante de clients.

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Tout comme pour le précédent article concernant les friperies, n’hésitez pas à partager vos bonnes adresses et vos trouvailles en commentant ce billet.